La transidentité c'est les autres

Astuces, questionnements et conseils pour passer au masculin sans aide médicale
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Gaël
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La transidentité c'est les autres

Message par Gaël » 14 nov. 2021 19:03

Bonjour bonjour,

Je viens tout juste de m'inscrire ici après maintes recherches, j'ai tellement de questions que je finis par m'épuiser et ne plus savoir où je vais...
Mon prénom de naissance n'est pas du tout Gaël mais est féminin, j'ai juste eu un coup de cœur pour ce prénom masculin et je crois que c'est un prénom avec lequel je me sentirais plutôt bien. Vous l'avez compris je pense être un homme trans mais j'ai tellement de doutes et de peur que ça m'empêche d'avancer et d'explorer comme il faut cette question. Je vous préviens que ce post risque d'être très long, c'est compliqué de synthétiser mais je vais essayer que ce soit le plus agréable possible à lire.

Je ne sais pas du tout par où commencer en plus. On va dire que ça fait 1 an maintenant que cette question "Est-ce que je suis trans?" me chamboule l'esprit au point que je ne dormais pratiquement plus pendant 3 ou 4 mois. Je me rend limite malade avec ça et je ne comprend pas du tout ce qui m'arrive. Je ne sais pas d'où me vient ce questionnement et depuis quand il est là. Je pense que je ne me rendais pas du tout compte. Il y à 1 an j'ai tout simplement regarder la nouvelle saison d'une petite série Française que j'apprécie pour les sujets abordés : Skam France. Dans cette saison là on apprend un peu plus de choses sur un personnage qui est un homme transgenre. C'était une période où j'ai commencé à la suite à me documenter sur le sujet de la transidentité, et j'avoue que je ne sais pas spécialement pourquoi. J'ai vu pas mal de témoignages, zieuter pas mal de comptes sur Instagram, j'ai lu un livre, vu un très bon reportage avec la parole des personnes concernées bref je me suis documenté quoi jusqu'à en savoir un peu plus sur les parcours de transitions. Je n'ai jamais pu finir le reportage parce que j'ai eu l'impression de me manger une grosse claque. De tout ce que j'ai pu lire ou visionner, j'avais l'impression qu'on parlait à ma place, qu'on parlait pour moi. J'aurais pu dire exactement les mêmes ressentis.
J'ai beaucoup de mal à expliquer où je veux en venir, c'est très flou et très dur à expliquer je trouve.

C’est surtout que moi je n’ai pas été dans ce cas là depuis l’enfance à me questionner, ça a même été tout le contraire, j’ai toujours été dans des clichés féminins jusqu’à aujourd’hui sans me poser de question. Mais depuis l’enfance c’est comme si quelque chose clochait et que même quand il ne se passe rien de particulier, bah ça ne va pas, je me dis que je n’arrive pas à me supporter et qu’un jour ça va mal se terminer. Même si c’est très personnel je ne cache pas que j’ai un réel trouble de l’humeur qui est traité par des médicaments mais diagnostiqué depuis peu de temps donc assez tard depuis 3-4 ans (j'ai 27 ans) et j’ai peur qu’en parlant de tout ça on l’associe à mon trouble psy et surtout parce que je n’ai jamais montrer quoi que ce soit. J'ai peur d'en parler à mon médecin psychiatre par exemple qu'il me dise que ça ne sort de nulle part, qu'on ne me prenne pas au sérieux en fait. Mais moi je le sens et je l’ai toujours senti que je ne suis pas « comme toutes les autres femmes » sans réussir à dire pourquoi.

Je n'ai jamais été très bien dans mes baskets mais parfois je me demande si ce n'est pas plus profond comme mal-être que juste ce trouble d'humeur que j'ai. J'ai l'air d'aller bien après avoir côtoyé l'enfer pendant des années, mais ça fait franchement des mois et des mois que je me sens au fond du trou par moment, et finalement je me dis je suis juste peut-être instable psychiquement et c'est tout. Depuis que ce questionnement a pris place dans ma tête, soit je refoule volontairement soit sans même m'en rendre compte. Et c'est des périodes où je ne peux m'empêcher de me dire « je suis une femme si je met ci ou si je me comporte comme ça ça passera et je saurais que je suis bien une femme » donc pour moi c’est des périodes de quelques jours/ semaines d’hyper féminisation si je peux dire ça comme ça depuis 1 an du coup (même actuellement je suis dans cette phase là) et après j’avais tout mes questionnements qui venait toquer à la porte de mon cerveau et ça recommençait à partir dans l’autre sens à refouler.


Ça n’arrête pas depuis un an. Je peux avoir des jours où je me sens en crise avec mon corps où j’ai envie de faire une bêtise, ça va s’étouffer au bout d’un moment mais ça revient toujours. Me regarder dans des vêtements trop féminins ça me met mal à l'aise, voir mon corps, idem. Mais par moment je me dis ça va c'est supportable, c'est juste moi. Et aujourd’hui j’en suis toujours au même point, complètement terrifié(e) par tout ça, pas bien et j’ai l’impression d’avoir un énorme secret envers moi même et les autres. Et j’essaye toujours de me convaincre je suis une femme je suis une femme c’est rien tout ça. Et je trouve que c’est très dur à expliquer.

Je me sens emprisonné(e) dans mon propre corps et finalement quand on y réfléchis bien ça fait longtemps que c’est là. Quand je disais que je me suis jamais posé de question c’est pas entièrement vrai, j’ai cogité ces derniers jours, et je me suis toujours fait des réflexions envers moi même même floues du style « comment je me comporte on dirait pas une fille » ou « quand je me regarde dans le miroir je vois pas une fille il faudrait que je fasse ci ou que je fasse ça » si je me maquille je ressens du « soulagement » par exemple, ça me rassure dans mon identité de genre depuis ma naissance, et tout ça c’est là depuis mon plus jeune âge mais je réalisais même pas..et je veux plus rester comme ça à me sentir mal avec tout ça sauf que ça me donne une réelle angoisse qui fait que je n'arrive pas à en parler, ça me bloque.

Dans mes nombreuses recherches, j'ai fais une séance visio avec un psychologue d'une asso pour les personnes trans, j'ai rencontré des personnes transgenres membres d'une asso au sein de ma ville, j'ai déjà discuté aussi avec une autre personne, j'ai déjà fait pleins de choses. Et à fois que j'en parle en lieu safe comme ça, on peut me dire "moi aussi je suis passé(e) par là donc je comprends exactement ce que tu dis vivre et ressentir" et là ça m'angoisse encore plus... J'ai peur d'affronter tout ça. J'ai peur parce que j'aimerais m'aimer. J'aime la personne que je suis mais pas l'apparence que je renvois et que je vois. Quand on me dit "Madame" ça résonne en moi comme une insulte. J'aimerais juste être bien avec cette apparence physique en tant que "femme". Tout le me dit à quel point je "suis belle" mais moi je me trouve insupportable à regarder. Des fois je me regarde dans le miroir et je me dis à voix haute à quel point je suis horrible. Au départ je pensais juste souffrir d'un complexe. J'ai peur d'un tas de choses, de perdre ma famille en premier. Parce que le sujet de la transidentité ça passe pas super bien et pour le moment j'ai dû retourner vivre chez eux pour des raisons financières donc je suis coincé(e) pour encore quelques mois.

Très peu de personnes dans mon entourage sont au courant que ce questionnement me bouffe littéralement la vie, à part une amie qui m'a dit que je ne peux pas rester comme ça, qu'il faut que j'en parle avec un professionnel. J'ai entamé une relation amoureuse avec un homme mais qui pour le moment est trop complexe pour que je sache si dans quelques mois on sera encore ensemble, on s'aime fort alors j'ai dû lui expliquer tout ça je n'avais pas envie de continuer à ne rien dire. Bon ce n'est pas le sujet. Il m'a dit qu'il m'aimait pour qui j'étais et que par amour il me soutiendrai si je voulais entamer un parcours de transition (je ne le crois pas vraiment car il n'est attiré que par les femmes). Bon pour le moment ce n'est pas d'actualité vu ma situation.

Mais il y à aussi le fait que j'ai envie d'avoir des enfants et pas à 35 ans parce que j'y pense beaucoup en ce moment et que j'ai peur de me compliqué la vie aussi plus tard, j'ai peur de ne plus recevoir d'amour, j'ai peur de devoir couper les ponts avec ma famille, d'être rejeté, que ce soit compliqué au niveau du boulot (j'ai mon diplôme cette année), j'ai peur de ne pas assumer alors que je n'assume déjà pas ce questionnement, j'ai peur de regretter, de me tromper de chemin. En fait je suis guidé par la peur et ça m'empêche d'avancer. Donc je fais tout pour me comporter "comme une femme" parce que je suis habitué depuis toujours à vivre et être perçu en tant que telle et que j'ai peur d'aller droit dans un mur. Je me dis mais comment c'est possible que je me pose ce genre de questions maintenant à 27 ans, sans réel déclenchement, qu'est-ce que j'ai, qu'est-ce qu'il se passe, est-ce que je m'invente des choses etc. J'ai aussi peur quand je me rend compte qu'un parcours de transition c'est pas toujours évident.

En fait à chaque fois je me dis "c'est n'importe quoi je suis pas trans faut passer à autre chose ça sort de nulle part" sauf que je vais réussir à refouler et 3 semaines après je recommence à me sentir mal à me dire que je vis dans un mensonge...

Je ne sais pas trop si vous pouvez m'aider à y voir plus clair, mais je perds les pédales je ne sais plus quoi faire...

PS : si jamais mes paroles sont maladroites et peuvent heurter je m'en excuse ce n'est pas volontaire

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Re: La transidentité c'est les autres

Message par BreizhTea » 14 nov. 2021 19:30

Ca prend du temps de comprendre et d'accepter ses propres ressentis.

N'hésite pas à tester des trucs dans des lieux "safe" (pronom masculin, binder, packer...). Tester des trucs n'engage à rien. :)

Bon courage pour les relations familiales, c'est pas simple ces choses-là.
Allez viens faire des galettes bretonnes, allez allez allez !

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Re: La transidentité c'est les autres

Message par PauSG » 15 nov. 2021 09:50

Déjà bienvenu à toi Gaël !

Tu n'es pas le seul à avoir ce ressenti un peu diffus que quelque chose cloche, et de te poser des question petit à petit à l'âge adulte. Le "mythe" selon lequel tout le monde sait qu'il/elle est trans et le clame depuis le plus jeune âge ne concerne qu'une toute petite partie des personnes trans.

Si tu as trouvé un psy safe pour explorer ton ressenti, ca peut être bien de continuer et de voir ou ca te mène. Si tu sens que ton psychiatre n'est pas ouvert à ça, on peut peut être te proposer d'autres adresses dans ton secteur.
Le blog de mon parcours: http://transboiramble.blogspot.fr/

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Re: La transidentité c'est les autres

Message par Dag » 15 nov. 2021 11:00

Bienvenue également !

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Re: La transidentité c'est les autres

Message par zooey » 15 nov. 2021 15:53

Bonjour et bienvenue,

un questionnement peut arriver à tout âge, sans forcément qu'il y ait un déclencheur très évident. Chaque histoire est unique, et les raisons pour lesquelles on se questionne plus ou moins tôt ou tard sont multiples.

J'ai fait ma transition tard et je me suis questionné tardivement. Tous les doutes et les peurs que tu exprimes, j'ai eu les mêmes, presque au mot près.

Utilise tous les outils que tu peux pour explorer ton ressenti, ne fais jamais quelque chose à contre coeur, et s'il te faut du temps, eh bien prend-le, ce temps.

En ce qui me concerne, il y eu un moment où la nécessité et l'évidence ont été plus forts que les peurs et les doutes. J'espère que tu vivras ce moment-là toi aussi, dans un sens ou dans l'autre, et que tu seras alors plus en paix.

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Re: La transidentité c'est les autres

Message par Gaël » 18 nov. 2021 15:47

Bonjour,

Merci pour toutes vos réponses, j'ai commencé à reprendre un suivi psychologique hier, chose que je n'arrivais pas à faire depuis des mois par rapport à tout ça.
Elle rebondissait beaucoup sur des mots précis et ça me donnait la sensation que j'ai déjà la réponse mais que je n'assume pas.
Est-ce que vous aussi ça vous ai arrivé de vous dire que vous mettiez enfin le doigt sur ce qui explique votre mal-être depuis longtemps sans savoir que c'était votre transidentité qui s'exprimait ? J'ai l'impression que pour moi ça sort de nulle part dans ma tête mais en cherchant bien j'ai l'impression d'enfin mettre un mot sur ma souffrance qui m'accompagne depuis l'enfance et ce que je peux penser de moi ?

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Re: La transidentité c'est les autres

Message par a_psalm_for_no_one » 18 nov. 2021 18:02

Bonsoir,

Ça s'est passé comme ça pour moi aussi. Je mettais enfin un mot (mais pas trans, ni transgenre, ni transidentité...), quelque chose de concret sur ce que je subissais. Ça m'a d'abord fait beaucoup de bien, beaucoup de soulagement, puis des craintes et même des doutes, et enfin maintenant, une certaine neutralité, par contre jamais d'acceptation.

Bon courage pour la suite!
The sun is still out of sight.

zooey
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Re: La transidentité c'est les autres

Message par zooey » 22 nov. 2021 18:04

Bonsoir,
oui moi c'est exactement ce que j'ai ressenti.
J'ai compris d'où venaient toutes ces stratégies d'évitement et pourquoi j'étais sur la défensive dans plein de situations

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Re: La transidentité c'est les autres

Message par John » 23 nov. 2021 07:00

Pareil ici.
Je ne savais même pas que quelque chose clochait vraiment avant de réaliser que j'étais trans. Quand j'en ai parlé à la psy je m'attendais à ce qu'elle me dise "pas du tout, vous vous faites des idées" alors qu'en fait elle m'a pas remis en question et m'a laissé parler et je me suis enfin permis de ressentir tout ça.

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Re: La transidentité c'est les autres

Message par Apeiron » 21 déc. 2021 16:07

Bonjour Gaël,

Oui moi aussi c'est un peu ça, avec en plus la spécificité particulière de me savoir marginal et opposé aux valeurs de la société : pour schématiser et que tu comprennes, je me vois (sans doute à juste titre) un peu comme un écrivain maudit solitaire donc quand j'ai remis en cause ma transition il y a exactement 13 ans (j'ai commencé ma transition il y a 15 ans mais je suis revenu en arrière à 19 ans pendant à peine un an et demi) je me disais "à quoi bon transitionner, puisque de toute façon je suis et serai toujours une personne marginale qui ne se reconnait dans rien et qui n'a pas l'esprit normatif? Autant rester tel que je suis par souci pratique (pas de comptes à rendre devant un médecin, pas d'infirmiers à aller voir, pas d'analyses à faire...) et assumer ma marginalité en faisant ce que je veux."
Sauf que je n'avais pas pris en compte que sans transition, j'aurais une physionomie et une physiologie féminine avec tous les phénomènes que cela implique (règles, formes du corps et traits féminins, perception féminine par la société sans ambiguïté, du moins lorsqu'il faut me ranger dans une case...) et les interactions sociales correspondantes et comme on est forcé à un minimum d'interactions avec autrui.
Donc en plus de cette marginalité (qui n'est pas vraiment un choix mais plutôt un état d'esprit originel et viscéral) je me suis rendu compte que j'avais vraiment besoin de transitionner.
Aujourd'hui, à 32 ans, je ne suis pas du tout un homme classique aussi bien par mon androgynie (naturelle et non cultivée : je m'habille sport, sweat, jean et baskets, mais bon, comme pas mal de femmes masculines en fait. On me prend encore régulièrement pour une femme mais au moins j'ai un CEC complet au masculin et au moins je sème le doute systématiquement les quelques fois où je ne passe pas, ce qui me permet déjà d'échapper à une condition qui ne me correspond pas) que par ma manière de vivre (très solitaire, tout petit espace, pas d'ambition professionnelle ni sociale, depuis la rentrée 2020 je me suis retrouvé à faire un métier où j'aide autrui dans une situation professionnelle qui me convient car elle me laisse très libre en m'offrant enfin un peu de stabilité -après des échecs successifs par mon incapacité à m'intégrer dans la société- et que je m'entends bien avec la personne aidée, mais ce sera sans doute très temporaire comme métier et j'éprouve de plus en plus un besoin d'absolue liberté dans mon emploi du temps pour créer, en fait je veux vivre dans l'indéterminé).

Je n'aime pas les étiquettes contemporaines style "non-binaire" et compagnie donc je ne m'en colle pas mais vu de l'extérieur, je pourrais assez bien correspondre à ça ; aussi bien par mon aspect physique que mon attitude qui ne colle pas avec celle d'un homme classique et d'un trans "binaire" qui voudrait absolument se conformer à l'image que la société se fait d'une vie masculine (bien qu'une amie m'ait dit dernièrement que j'étais un "vrai homme" car je soutiens ma mère financièrement...bof).
Moi je me vois plutôt simplement comme un mec marginal avec une virilité particulière mais très en dehors des normes sociales et surtout à contre-courant des valeurs de la société.
J'écris ceci car je trouve que c'est vraiment compliqué d'être trans et marginal et même que c'est un peu une double-peine mais tout ça pour dire qu'il ne faut pas se raconter d'histoire en disant qu'on va pouvoir vivre sans transitionner parce qu'on est particulier (par rapport à un trans qui aurait des aspirations de vie plus traditionnelles par exemple ou qui serait mieux intégré dans la société et n'en sentirait pas la pression une fois sa transition effectuée) parce qu'au final, quel que soit la volonté d'échapper à ce besoin de transition, ça te rattrape.

Personnellement, les quelques contraintes de la transition (médecins, ordonnances, infirmiers, injections...) me saoulent énormément (déjà parce que ça me rappelle une réalité pénible) mais je considère que je n'ai pas le choix donc je le fais...souvent de manière un peu brouillonne avec une tendance à l'irrégularité dans mes injections (au bout de plus de dix ans de traitement, ça devient vraiment saoulant) mais je m'y plie quand même car je préfère ça à vivre en tant que femme (de toute façon maintenant j'ai une hysté totale depuis 12 ans mais il faut quand même que je continue les injections).
Et puis je me dis que si je n'avais pas ces contraintes là, j'aurais les contraintes de la féminité physique qui sont plus lourdes que celles d'une transition.

En somme, quand on veut être lucide, c'est une sorte du calcul du "moins pire", je l'ai toujours vu comme ça en tout cas.
En synthèse, je cherche à dire qu'il faut discerner une différence plus globale de la dysphorie de genre : ce n'est pas parce qu'on est très différent sur un plan humain et social et même totalement en marge par certains aspects qu'on peut faire fi de la dysphorie de genre et accepter de vivre dans le genre assigné à la naissance si vraiment ce dernier ne nous correspond pas. Ce ne sera qu'une épine dans la chair en plus qui peut à peu nous détruira.
C'est peut-être un propos trop généralisant mais c'est mon expérience en tout cas.

Tes inquiétudes sur le plan affectif sont également légitimes : on ne va pas se mentir, -même si on essaie souvent de taire cette réalité du rejet des trans de la sphère affective et amoureuse en nous présentant quelques spécimens trans "parfaits" souvent d'ailleurs selon des critères cis, c'est loin d'être le cas pour beaucoup d'individus trans- c'est plus compliqué lorsqu'on est trans et ce n'est pas vrai que ce n'est jamais un obstacle quand il y a de l'amour. Je pense sincèrement que j'aurais pu vivre des histoires d'amour avec des mecs que j'ai aimés si j'avais été cis par exemple (cis homme je précise, pas cis femme, je parle d'hommes homosexuels en l'occurrence). Mais encore une fois, ne pas transitionner par peur d'être rejeté affectivement, c'est prendre le problème dans le mauvais sens et en ce sens la transition n'est pas un choix, c'est une nécessité.

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