De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Astuces, questionnements et conseils pour passer au masculin sans aide médicale
Jujulapeste
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De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Jujulapeste » 03 sept. 2021 09:37

Bonjour !

Je suis toujours en cheminement intérieur depuis mon dernier post d'il y a 2 mois. Je sais pas, si c'est la bonne section mais je suis tombée sur un article qui me fait beaucoup réfléchir.
En ce qui me concerne, ça ne remet pas en question ma situation personnelle mais je pense que cet article demande un certain recul intellectuel et une certaine maturité émotionnelle.
Je pose ça là, pour ceux/celles que ça intéresse : https://ici.radio-canada.ca/info/2019/0 ... ientation/

Le sujet est indiqué dans le lien. Oui, sujet "tabou". Mais je pense que parfois, il faut parfois aller voir de l'autre côté du miroir pour s'assurer de ses choix et de ses ressentis.
Je ne cherche absolument pas la polémique, juste une discussion ouverte, posée, d'analyse intellectuelle parce que je suis curieuse du monde et de moi-même. Ceci étant dit, j'ai bien conscience que je ne suis pas dans une situation de transition médicale ou autre, à l'heure actuelle j'ai conscience d'une certaine dysphorie qui me suit depuis la puberté et j'essaie juste de prendre du recul sur mon ressenti émotionnel pour "prendre de la hauteur", pour m'aider à faire les bons choix dans un futur proche.

Une opinion sur cet article ?

Si vous voulez prendre part à cette discussion, n'hésitez pas :)

John
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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par John » 03 sept. 2021 10:08

C'est complexe comme sujet. Je pense que c'est idiot de faire de la détransition un tabou, parce que ça existe, mais je suis aussi frileux face à la récupération politique du phénomène. On a souvent tendance à imaginer les personnes transgenres comme une grande communauté ou l'individu s'efface, mais la réalité est toute autre.
On sait, et depuis des décennies voire des siècles que l'adolescence est le terrain de chamboulements hormonaux et psychologiques majeurs, dont la majorité se résolvent d'eux même en atteignant la maturité adulte (vers 22-23 ans). J'aimerais bien trouver un article qui parle de detransition de personnes ayant commencé leur transition après cet âge charnière. J'ai écumé les internets lorsque je me questionnais moi même (un peu avant mes 30 ans) parce que justement j'avais si peur de me tromper.... Et je n'ai rien trouvé. La seule conclusion qui s'impose à moi: il ne devrait pas y avoir de possibilité de transition médicale avant au moins l'âge de 20 ans, voire plus (l'âge de la maturité cérébrale).
Lorsqu'on grandit, obtenir des solutions "toutes prêtes" est un non-sens. On vit dans la société de l'immédiat, ou on ne prend plus le temps de réfléchir et d'évoluer et je trouve ça dramatique. Je trouve dramatique que des "médecins" n'aient pas davantage de recul, qu'on puisse prescrire des hormones ou des chirurgies à des enfants qui ne savent encore que si peu de la réalité du monde qui les entoure. Comment peut on savoir qui on est sans avoir vécu en tant qu'adulte? Le monde est dur, certes, et dangereux quand on est différent de la norme, mais qu'est-ce que 2 ou 3 ans de plus à l'échelle de toute une vie?

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Jujulapeste » 03 sept. 2021 11:11

John a écrit :
03 sept. 2021 10:08
C'est complexe comme sujet. Je pense que c'est idiot de faire de la détransition un tabou, parce que ça existe, mais je suis aussi frileux face à la récupération politique du phénomène. On a souvent tendance à imaginer les personnes transgenres comme une grande communauté ou l'individu s'efface, mais la réalité est toute autre.
On sait, et depuis des décennies voire des siècles que l'adolescence est le terrain de chamboulements hormonaux et psychologiques majeurs, dont la majorité se résolvent d'eux même en atteignant la maturité adulte (vers 22-23 ans). J'aimerais bien trouver un article qui parle de detransition de personnes ayant commencé leur transition après cet âge charnière. J'ai écumé les internets lorsque je me questionnais moi même (un peu avant mes 30 ans) parce que justement j'avais si peur de me tromper.... Et je n'ai rien trouvé. La seule conclusion qui s'impose à moi: il ne devrait pas y avoir de possibilité de transition médicale avant au moins l'âge de 20 ans, voire plus (l'âge de la maturité cérébrale).
Lorsqu'on grandit, obtenir des solutions "toutes prêtes" est un non-sens. On vit dans la société de l'immédiat, ou on ne prend plus le temps de réfléchir et d'évoluer et je trouve ça dramatique. Je trouve dramatique que des "médecins" n'aient pas davantage de recul, qu'on puisse prescrire des hormones ou des chirurgies à des enfants qui ne savent encore que si peu de la réalité du monde qui les entoure. Comment peut on savoir qui on est sans avoir vécu en tant qu'adulte? Le monde est dur, certes, et dangereux quand on est différent de la norme, mais qu'est-ce que 2 ou 3 ans de plus à l'échelle de toute une vie?
Je trouve ton opinion très intéressante. Effectivement, comme tu l'as très bien dit, je pense qu'avant un certain âge (âge qui serait à définir), faire une transition médicale, ça me semble hyper prématuré. On parle quand même de changements potentiellement irréversibles. Je doute qu'à l'adolescence (et préadolescence), on puisse avoir le recul nécessaire pour prendre ce type de décisions.
On veut tout, tout de suite exactement. Pour certains des "médecins" dont tu parles, les transitions ça devient un business comme un autre pour eux, je pense. J'ai le sentiment que pour certaines personnes, une transition apparaît comme LA solution à leur mal-être général et à tous leurs problèmes. Je pense que c'est une erreur. Certains/certaines ados ont surtout besoin d'une oreille bienveillante à leur écoute pour les aider à traverser la période difficile de l'adolescence et pas de plonger tête baissée dans une transition qui apparaît sur le moment (et seulement sur le moment) comme une solution miraculeuse.

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par j3r3mix » 03 sept. 2021 16:22

John a écrit :
03 sept. 2021 10:08
On vit dans la société de l'immédiat, ou on ne prend plus le temps de réfléchir et d'évoluer et je trouve ça dramatique. Je trouve dramatique que des "médecins" n'aient pas davantage de recul, qu'on puisse prescrire des hormones ou des chirurgies à des enfants qui ne savent encore que si peu de la réalité du monde qui les entoure. Comment peut on savoir qui on est sans avoir vécu en tant qu'adulte? Le monde est dur, certes, et dangereux quand on est différent de la norme, mais qu'est-ce que 2 ou 3 ans de plus à l'échelle de toute une vie?
C'est malheureusement vrai à toutes les étapes. Certain.e.s se lancent tôt après la prise de conscience, veulent se faire hormoner et/ou opérer vite (ET pas cher pour les plus... disons "optimistes") comme si c'était normal. Non une transition ça ne va pas de soi, et je m'inquiète de l'empressement de personnes qui derrière découvrent certaines implications de ce parcours. On se renseigne rapido puis "je ne savais pas ceci, comment on fait pour cela" en cours de route. Au risque de me faire :whip: , ceux qui pensent qu'on les infantilise se comportent justement comme des enfants avec une telle impatience. On a l'arrogance de penser se connaitre, alors que pour se juger soi-même il faut un minimum de maturité. Je ne parle pas d'âge mais bien de maturité, parce que je vois des personnes autour de moi (jusqu'à 70 ans) qui ont des choses à régler mais estiment n'avoir aucun problème. Quand ça ne prête pas à conséquences OK, mais là on parle de modifications corporelles parfois définitives :cry: Pourtant le temps joue pour ces personnes : les techniques évoluent, les chirurgien.ne.s s'améliorent, etc. Dommage de vouloir griller les étapes.

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par BreizhTea » 04 sept. 2021 08:21

Je trouve que si une personne ressent de la détresse à la puberté, lui donner accès à des bloqueurs peut lui donner le temps de mieux comprendre l'origine de ses sentiments. Transidentité ? Pression sociale face à l'hyper sexualisation des corps ? Décalage entre maturité cérébrale et maturité du corps ? Je considère que l'argument "mais la transition ça fait des modifications définitives" n'est pas vraiment un "bon" argument parce que la puberté faite maison a aussi des conséquences définitives sur le corps. Donc une personne qui se pose des questions devrait pouvoir avoir accès à des retardateurs de puberté, justement pour lui donner le temps de la réflexion, dans un sens comme dans l'autre.

Additionnellement, permettre aux gens d'expérimenter avec leur prénom, pronoms, présentation sociale de genre... à tout âge, aide également à mieux se rendre compte des choses en "essayant" des trucs différents.

Il est également important de faire la part des choses concernant ce qu'on appelle la "détransition". A partir de quand est-ce qu'on peut dire qu'une personne passe de "essayer des trucs" à "transitionner" et inversement ? Quel pourcentage de personnes vont détransitionner, et pourquoi ? Combien le font parce qu'elles se rendent compte que ce n'était pas fait pour elle, combien le font parce que ce n'était juste pas le bon moment, combien le font sous l'influence de la pression sociale ? (j'ai eu une période que je vais personnellement appeler "détransition parce que pression sociale" par exemple, du début de la puberté à ma décision de prendre des hormones, mais d'autres personnes vont appeler ça autrement)

C'est une question complexe dont il faut parler... LOIN DES TRANSPHOBES. (pour éviter que les personnes détransitionnant soient utilisées comme argument transphobe "prouvant" que c'est "mal" de transitionner)
Allez viens faire des galettes bretonnes, allez allez allez !

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par BreizhTea » 04 sept. 2021 08:26

John a écrit :
03 sept. 2021 10:08
J'aimerais bien trouver un article qui parle de detransition de personnes ayant commencé leur transition après cet âge charnière.
J'avais trouvé beaucoup, beaucoup de témoignages en anglais. Les raisons majoritaires étaient les suivantes : pression sociale, désir d'enfants, se mettre en sécurité dans un pays transphobe, besoin d'attendre encore un peu avant d'effectuer la transition.

Je trouve qu'on instrumentalise beaucoup la détransition chez les mineurs, et que l'argument derrière est souvent, soit TERF, soit "mécépanaturel".

Cela m'intéresserait aussi de savoir combien de personnes s'inquiète de plein d'autres procédures médicales sur lesquelles les gens ont des regrets, ou qui sont plus dangereuses que la transition - et si ça fait réagir aussi fortement les gens que quand on parle de détransition. Socialement et anthropologiquement, ça pourrait être intéressant d'avoir un comparatif.
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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par John » 04 sept. 2021 15:01

Je suis d'accord avec toi sur à peu près tous les points, notamment les bloqueurs de puberté et la transition sociale.
J'aimerais bien, si tu retrouves ces témoignages, les lire. Quand je pense détransition, je pense surtout aux personnes qui se rendent compte qu'en fait, elles n'étaient pas transgenres. Qui ont entamé une transition pour se rendre compte après avoir fait une erreur.

Comme je le disais, je trouve dégueulasse la récupération politique (j'entends par là littéralement politique, ou terf, ou autre) de la détransition chez les jeunes.
Mais je pense aussi qu'on est pour l'instant au stade ou le suivi qui est offert aux plus jeunes n'est pas assez solide. Se dire "il n'y a que 1 ou 2% de détransitionneurs, c'est négligeable" je trouve pas ça normal. On parle quand même de vies, d'êtres humains qui vont avoir leur vie impactée par une décision qui n'aura pas été prise avec tout le recul nécessaire.

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Dag » 04 sept. 2021 19:44

John a écrit :
04 sept. 2021 15:01
J'aimerais bien, si tu retrouves ces témoignages, les lire. Quand je pense détransition, je pense surtout aux personnes qui se rendent compte qu'en fait, elles n'étaient pas transgenres. Qui ont entamé une transition pour se rendre compte après avoir fait une erreur.
Des témoignages de personnes ayant transitionné et détransitionné plus tard sont disponibles sur Youtube en anglais, plutôt dans des documentaires que chez des vloggeurs ou des instagrameurs. En plus de ce qui est listé par BreizhTea, il y a aussi des personnes qui ont été déçues des résultats des chirurgies, des "born-again christians", d'autres qui expliquent qu'elles ont subies des agressions sexuelles dans leur jeunesse... Elles expliquent qu'elles n'étaient pas trans et qu'elles se sont fourvoyées Ces documentaires sont souvent diffusés par des media dont les opinions ne sont pas très éloignées de Valeurs Actuelles (par exemple RT ou encore des chaînes proches d'organisations religieuses aux US...). J'ai donc du mal à considérer que la démarche est de s'intéresser à ces personnes de façon purement humaniste et sans arrière-pensée politique. Un exemple parmi d'autres https://www.youtube.com/watch?v=-pxxBQm114k.
Jujulapeste a écrit :
03 sept. 2021 09:37
Une opinion sur cet article ?
L'article est assez long et a le mérite de faire une liste d'une bonne partie des réflexions actuelles et des opinions sans trop polémiquer, mais on a dû mal à en tirer le propos général. Et tout est un peu mis sur le même plan, la qualité des études citées n'est pas vraiment abordée (en dehors du fait qu'il y a eu des critiques). L'usage des statistiques semble parfois à visée sensationnaliste (augmentation de 200% par exemple).
Il y a parfois du pathos dans les témoignages, comme le coup de la capacité respiratoire endommagée par le binding en pointant la responsabilité des adultes qui ont laissé faire. La journaliste ne semble se poser aucune question sur le fondement de cette affirmation.
Enfin j'ai toujours beaucoup de mal avec l'argument : "j'ai transitionné parce que je refusais d'accepter que j'étais gay". Je ne vois pas en quoi il est plus facile de vivre comme étant trans qu'en étant gay en société. Et puis de nombreuses personnes trans ne sont pas hétéros...

Le fait est que l'on commence seulement à aborder le sujet de la détransition, alors qu'il y en a depuis que les gens peuvent transitionner, même si c'est regrettable pour ces personnes. Les personnes sont juste davantage visibles aujourd'hui car celles qui transitionnent le sont également. La population qui transitionne a évolué, il n'est pas étonnant que ce soit aussi le cas de celle qui détransitionne. Il fait se méfier des biais d'interprétation statistiques sur des échantillons petits, mal-délimités avec des phénomènes qui ne sont pas indépendants les uns des autres.
John a écrit :
03 sept. 2021 10:08
On sait, et depuis des décennies voire des siècles que l'adolescence est le terrain de chamboulements hormonaux et psychologiques majeurs, dont la majorité se résolvent d'eux même en atteignant la maturité adulte (vers 22-23 ans). J'aimerais bien trouver un article qui parle de detransition de personnes ayant commencé leur transition après cet âge charnière. J'ai écumé les internets lorsque je me questionnais moi même (un peu avant mes 30 ans) parce que justement j'avais si peur de me tromper.... Et je n'ai rien trouvé. La seule conclusion qui s'impose à moi: il ne devrait pas y avoir de possibilité de transition médicale avant au moins l'âge de 20 ans, voire plus (l'âge de la maturité cérébrale).
Lorsqu'on grandit, obtenir des solutions "toutes prêtes" est un non-sens. On vit dans la société de l'immédiat, ou on ne prend plus le temps de réfléchir et d'évoluer et je trouve ça dramatique. Je trouve dramatique que des "médecins" n'aient pas davantage de recul, qu'on puisse prescrire des hormones ou des chirurgies à des enfants qui ne savent encore que si peu de la réalité du monde qui les entoure. Comment peut on savoir qui on est sans avoir vécu en tant qu'adulte? Le monde est dur, certes, et dangereux quand on est différent de la norme, mais qu'est-ce que 2 ou 3 ans de plus à l'échelle de toute une vie?
On a le droit de voter, de conduire, de boire de l'alcool à 18 ans. On prend des décisions qui ont un impact sur notre vie bien avant l'âge de la maturité cérébrale sur de nombreux sujets : faire des études, travailler, se mettre en couple, avoir des enfants, avorter, se faire soigner... Cela fait partie du processus pour devenir adulte et ça ne s'arrête jamais.
Il est bien entendu que c'est important de réfléchir par soi-même avant de prendre une décision radicale comme transitionner médicalement et administrativement, mais imposer un âge minimal ou des délais fixes de réflexion de quelques années me semble un non-sens. C'est la porte ouverte à la mise en place de critères arbitraires qui déterminent la bonne transitude d'une personne et les personnes trans en ont souffert pendant de nombreuses années et continuent à en souffrir (un exemple parmi d'autres: les remboursements aléatoires des mammecs).

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par John » 04 sept. 2021 20:50

Dag a écrit :
04 sept. 2021 19:44
On a le droit de voter, de conduire, de boire de l'alcool à 18 ans. On prend des décisions qui ont un impact sur notre vie bien avant l'âge de la maturité cérébrale sur de nombreux sujets : faire des études, travailler, se mettre en couple, avoir des enfants, avorter, se faire soigner... Cela fait partie du processus pour devenir adulte et ça ne s'arrête jamais.
Il est bien entendu que c'est important de réfléchir par soi-même avant de prendre une décision radicale comme transitionner médicalement et administrativement, mais imposer un âge minimal ou des délais fixes de réflexion de quelques années me semble un non-sens.
Ohhh il y a bon nombre de ces choses autorisées à 18 ans avec lesquelles je ne suis pas d'accord non plus. Et dont je pense qu'elles ne devraient plus être autorisées à partir d'un certain âge. Mais c'est un tout autre débat.

D'un côté, je suis bien content d'avoir trouvé un chir qui m'opère sans certificat et sans T. C'est paradoxal, j'en suis conscient. Mais j'ai 30 piges, et quand je vois la violence et l'inconscience de mon adolescence, je suis bien content d'avoir réalisé tout ça un peu "tard". Avoir la possibilité de faire une hysté à 18 ans par exemple, je trouve ça un peu limite (tout comme faire un enfant à cet âge, d'ailleurs).
Il y a finalement peu de décisions que l'on peut prendre à un tel âge qui ne soient pas réversibles. Et c'est la possibilité de pouvoir prendre ces décisions irréversibles si tôt qui me fait un peu peur, pour le bien être à long terme de ces personnes.

Mon point de vue sur la question dépasse totalement la question trans à elle seule, mais on va pas commencer à faire de la politique :)
Dag a écrit :
04 sept. 2021 19:44
C'est la porte ouverte à la mise en place de critères arbitraires qui déterminent la bonne transitude d'une personne et les personnes trans en ont souffert pendant de nombreuses années et continuent à en souffrir (un exemple parmi d'autres: les remboursements aléatoires des mammecs).
Je suis d'accord avec ça à 100%. Pour le coup c'est le système entier qui devrait être repensé. Maintenant faut pas oublier que les remboursements sont basés sur des codes utilisés pour des procédures médicales, du coup sans parcours médical "officiel" qui définit ces critères, comment? Et comment s'assurer de la bonne volonté des personnes qui s'en chargent?
C'est malheureusement le cas pour bien d'autres choses et pour bien des pathologies.

Je pense qu'on ne peut pas faire l'amalgame "prudent"=transphobe VS trans-ally="tout permis à tout le monde". Et c'est parfois ce dont j'ai un peu l'impression.

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Apeiron » 05 sept. 2021 12:02

C'est intéressant ce débat et je m'intéresse beaucoup à ce genre de question car j'ai essayé de "détransitionner" (sans succès) entre 19 et 20 ans et demi pour finalement reprendre après et rendre rapidement les choses irréversibles (hystérectomie totale) et changer d'état civil.

Mon désir de détransition venait - après une "lune de miel" (le moment où l'on est très satisfait des premiers changements) - d'une insatisfaction de ma masculinité après presque 2 ans de THS et du problème de ne pas être né comme ça donc j'avais un peu le souci du "c'est pas naturel" en fait, de ne pas être assez reconnu comme garçon : je ne parle pas du passing - qui était meilleur à 18 ans qu'il ne l'est actuellement à 32 notamment par une plus grande facilité à prendre du muscle et parce que lorsqu'on est jeune, il est généralement plus facile de passer pour le sexe opposé tout simplement, presque tous les ados ont un potentiel androgyne mais plutôt à cause de propos que j'avais entendu de la part de mon entourage proche et moins proche (déjà mes proches avaient beaucoup de mal à me genrer correctement, ce qui n'est pas du tout le cas aujourd'hui). Mais je m'étais rendu compte que la plupart des gens me considéraient bel et bien comme une fille au fond et à l'époque je n'ai pas eu la force morale de continuer et j'ai voulu essayer de "changer mes désirs plutôt que l'ordre du monde" (cette citation de Descartes m'avait beaucoup marqué lors de mon année de terminale et j'avais beaucoup réfléchi dessus à propos de ma détransition.

En gros, j'ai commencé ma transition FtM en fin de classe de 2nde et j'ai stoppé l'été de la terminale pour reprendre vers le milieu de l'année de L2 (donc un an et demi de suspension à peine). Un an et demi à assumer d'être socialement une fille (même si j'avais une vie sociale très limitée) en ayant un pur sentiment d'imposture et de mal-être. En y réfléchissant rétrospectivement, cette période d'interruption n'était pas nécessaire, j'aurais pu tout faire en ligne droite depuis la 2nde, cela m'aurait évité notamment de faire un second coming out.

Ce qui m'a frappé c'est à quel point le corps se reféminise rapidement quand on arrête les hormones (c'est hallucinant) et qu'on a pas encore fait l'hysté, j'ai eu très vite à nouveau mes règles aussi, la forme des cuisses/fesses s'est modifiée en 2 mois environ, c'était vraiment très perturbant mais l'entrée à la fac me paraissait propice à cette "expérience" de détransition puisqu'on peut vraiment vivre comme on l'entend sans trop de pression sociale, surtout en première année où on est assez anonyme (mais finalement ça m'a quand même plus gêné que je n'aurais cru d'apparaître quand même sous une identité F pour les TD, de devoir socialiser a minima "en tant que fille" etc...)

Alors, information importante : c'était il y a plus de dix ans et à l'époque on ne changeait pas de prénom/genre si facilement d'un point de vue administratif, ce qui a pu orienter cette expérience de détransition pour une raison bêtement pratique. Je ne me sentais plus le courage de continuer parce que je me disais que c'était un vain combat, que je ne serais jamais reconnu vraiment en tant que mec. Sauf que je n'ai pas vu que je ne pourrais pas non plus supporter de vivre sous une identité F, impossibilité qui s'est confirmée assez vite : pendant cette première année et demi de fac, j'ai vécu très solitairement mais en assumant quand même une identité F et franchement j'ai bien plus eu l'impression d'être un imposteur comme ça (durant cette période de "détransition expérimentale") que en tant que FtM au lycée (alors que je comprends qu'on peut aussi avoir une impression d'imposture en étant FtM au milieu de mecs cis ou tout simplement de personnes cis).

J'ai donc repris ma transition en 2010 (sans l'idéaliser cette fois, ça c'est important) pour être plus libre, changer de région/ville après la licence et vivre sous ma nouvelle identité sans un "avant" (le problème c'est que les gens ont beaucoup de mal à te voir sous ta nouvelle identité donc je voulais vraiment partir) m'a quand même fait énormément de bien malgré mon tempérament dépressif et je n'aurais clairement pas pu ajourner.
Il m'arrive parfois de regretter cette "pause" de un an et demi en me disant que je me sentirais peut-être plus légitime en tant que mec si j'avais enchaîné lycée/fac en tant que garçon sans cette brève période de suspension mais rien ne dit qu'il n'y aurait pas eu d'autres doutes qui auraient surgi dans cette configuration. Au final, j'ai pu recommencer pour cette fois compléter ma transition avec CEC total qui s'est fait très rapidement (alors que d'autres galéraient beaucoup à cette époque) et tant mieux, c'est mon parcours de vie singulier.

Sur les contraintes physiques d'une transition en tout cas : me faire injecter une ampoule d'androtardyl tous les mois me paraît mille fois moins contraignant que d'avoir mes règles/un système physiologique féminin et une morphologie féminine (avec l'identité féminine qu'on doit assumer en conséquence). De très loin.

Donc même si je suis un homme FtM pas très épanoui (notamment à cause d'une grande lucidité sur le fait que la transition n'est pas une solution idéale mais juste un "moins pire"), avec un passing moyen et avec une vie sentimentale et amicale assez désertique, grâce à cette suspension, je sais au moins que je préfère ça de très loin à vivre en fille!
D'ailleurs, j'avoue que dans ma détermination radicale et absolue quand j'ai repris ma transition (pas facile après une pause) le petit poids en plus qui a pesé dans la balance était aussi le mode de vie : je suis très solitaire et je savais que ma vie serait plus simple si j'étais perçu majoritairement comme un garçon plutôt que comme une fille, que non seulement ça correspondait à mon être profond mais aussi je me ferais moins emmerder ; et ce même en étant un mec un peu androgyne et trop petit en taille. Sur ça, je ne me suis pas trompé, c'est triste d'un point de vue féministe mais ma vie est plus tranquille ainsi. Je sors beaucoup, j'aime déambuler seul en ville à n'importe quelle heure et même si je me suis déjà fait agresser (très rarement) en tant que mec de petite carrure, en tant que fille solitaire ça aurait été des sollicitations constantes (c'était le cas lors de ma "pause" qui a pourtant été brève donc).

Voilà, j'ai beaucoup écrit et j'aurais encore plein de choses à dire suite aux messages de John Et Jeremix. Là j'ai surtout parlé en détail de mon expérience perso que j'avais déjà pu évoquer ici ou là mais on pourra y revenir.

En tout cas, je suis ouvert aux détransitionneurs, et je lis beaucoup les groupes detrans même si je suis sûr à 100% de ne jamais être directement concerné à l'avenir mais je trouve ça intéressant, justement - entre autre - pour se situer.

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