De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Astuces, questionnements et conseils pour passer au masculin sans aide médicale
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a_psalm_for_no_one
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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par a_psalm_for_no_one » 06 sept. 2021 12:51

BreizhTea a écrit :
06 sept. 2021 09:45
La même racine du problème : définir les gens d'après leurs organes génitaux à la naissance. Développer avec le temps une identité et des orientations, indépendamment du corps, c'est NORMAL pour l'être humain. Que ça soit parce que, voilà, parce que. Ou que ça soit suite à des "accidents de vie" (traumas, troubles dissociatifs... Voir le livre "Alter-humanités" pour un tour d'horizon des personnes qui développent une identité non-humaine, par exemple, ainsi que les livres "Le soi hanté" et "Dépasser la dissociation d'origine traumatique" pour les mécanismes sous-jacents)
Je rebondis uniquement sur ça car ça me dérange pas mal.

Pourquoi arrêter de définir les gens d'après leur sexe à la naissance alors que pour l'immense majorité de ces gens, ça ne leur posera aucun problème?

On ne peut pas se mettre à ne pas genrer tous les bébés ”au cas où” quelques uns d'entre eux s'avèrent être trans quelques années plus tard. C'est une extrême que je trouve vraiment abusive sur ce coup. Surtout qu'élever un enfant sans genre, ça leur pose des problèmes aussi. Je suis 100% pour ne pas mettre des rôles et des stéréotypes de genre sur des gosses, mais il faut quand même prendre en compte leur sexe/genre. Tu ne peux pas juste leur enlever ça au cas où ton gosse s'avère être trans. Parce que dans la majorité des cas, il le sera pas. Et tant mieux pour lui. Et même dans le cas où il s'avère être trans, je ne pense pas que l'avoir élevé sans genre va grandement l'aider. Déjà comment est-ce qu'il va se rendre compte qu'il est trans, si de base tu lui as enlevé ce concept de genre/de sexe? Il va avoir du mal à comprendre tout ça, il va avoir du mal à trier ses sentiments. Et puis par rapport à ses copains à l'école, être le seul à ne pas avoir de genre parce que tu lui as retiré ce concept, ça ne va pas non plus l'aider à correctement bâtir son identité, à se comprendre, à se situer par rapport aux autres.

Je comprends l'envie de vachement nous faciliter les choses (même si en soi, avec cette idée de ne pas genrer les bébés, même pour ceux qui s'avèrent trans je trouve que ça ne fait que de compliquer les choses) mais on reste une minorité qui se tape une condition assez peu commune malgré les idées. Alors je vais peut-être paraître défaitiste voire complètement passif (ce que je suis de façon générale), mais je ne pense pas que ce soit au monde entier de complètement changer juste pour une petite minorité comme nous. Oui, que le monde entier fasse quelques efforts çà et là pour nous faciliter un peu quelques trucs, je ne suis pas contre et je trouve ça plausible. Mais au-delà de ça, non, je ne pense pas que ce soit au monde entier de changer. De toute façon, pour être tout à fait honnête, je ne pense pas du tout que les activistes arriveront à vraiment faire changer les choses à ce niveau-là. Et d'un côté j'ose m'en réjouir, car je ne suis que très rarement d'accord avec leurs idées du monde parfait, de la société parfaite.

Ce n'est pas au monde de changer pour nous mais à nous de nous adapter à eux, même si on peut oser leur faire quelques propositions pour améliorer quelques aspects. Cependant on reste une minorité médicale controversée qui est devenue bien trop politique et à laquelle se sont accolées des idées qui font polémique. Personne n'est d'accord sur rien et ce même entre personnes trans pourtant en apparence similaires. La seule chose que l'on peut faire est de trouver un juste milieu qui correspond plus ou moins à tous les groupes, à toutes les prises de position. Parce que chaque extrême posera souci même si c'est le monde idéal d'un groupe. On ne peut pas se permettre de vouloir changer la société d'une façon extrêmement radicale juste parce que ça correspond à notre vision des choses, sans considération aucune pour les autres. Et dans les autres, y'a aussi des gens trans, donc ce n'est même pas une question de faire plaisir et de respecter les gens d'extrême-droite ou quoi.

Je n'ai rien contre le progressisme, je ne le trouve pas foncièrement mauvais. Mais le progressisme pose problème quand les idéaux qu'on y retrouve autour des LGBT et en particulier du transsexualisme sont totalement irréalistes et manquent cruellement de considération envers le fonctionnement de la société actuelle mais aussi de l'aspect biologique du genre qui est bien trop ignoré. Et comme je l'ai dit juste au-dessus et comme Juju l'a aussi dit, c'est pas un débat LGBT gentils gauchistes vs. cishets méchants de droite. Parce que y'a des cishets et des gens LGBT dans les deux camps, et y'en a aussi plein au milieu. On ne peut pas juste écouter les souhaits des LGBT gauchistes et ignorer tous les autres sous couvert qu'ils ne sont pas assez ”ouverts” ou qu'ils sont des ”traîtres” (des choses que j'ai bien trop souvent entendues envers des LGBT qui n'adhèrent pas à l'extrémisme de gauche et souhaitent plutôt une approche beaucoup plus raisonnable et assez neutre des problématiques LGBT et surtout trans).

(Concernant cette histoire de ”'identité non-humaine”, c'est un sujet qui a déjà été évoqué dans un autre thread et ça ne s'est pas très bien terminé, mais je vais juste dire que je ne vois pas en quoi ça nous concerne nous, trans, et que je pense que c'est mauvais pour nous d'être associés à ces personnes.)
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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Dag » 06 sept. 2021 13:44

Je mets ma casquette de modo pour vous demander de ne pas glisser vers le débat politique comme c'est le cas dans les derniers messages.

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Jujulapeste » 06 sept. 2021 13:48

Dag a écrit :
06 sept. 2021 13:44
Je mets ma casquette de modo pour vous demander de ne pas glisser vers le débat politique comme c'est le cas dans les derniers messages.
Désolée, c'est ma faute.

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Killian5 » 06 sept. 2021 16:09

a_psalm_for_no_one De toute évidence les orientations sexuelles et l'identité de genre (ou condition médicale, ou whatever) sont par nature différentes, mon point concerne le fait que la société étant cis-hétéro centré on va considérer que tout le monde est cis et hétéro par défaut et il y a parfois des ponts entre ces deux types de vécu d'un point de vue social, comme faire douter de son identité.

John Pour l'explication de mon dernier message, c'est le constat que les violences arrivent quand on est trans de manière visible, que pour une personne lambda une personne trans est trop souvent "un homme déguisé en femme" et que permettre en un sens de devenir socialement cis dès le début, ne plus être différent autrement dit être comme eulles, ça les dérange. Un complot est caché, là c'est une volonté ouverte, et pas nécessairement consciente, c'est juste que le résultat final donne ceci.
Sinon, on a juste pas la même vision des choses sur l'âge, mais peu importe. C'est simplement que le "ils veulent médicaliser les enfants" revient dans les discours transphobes et ça m'a fait penser à ça. Le truc c'est que selon les situations ne pas transitionner est aussi lourd de conséquences que transitionner donc je ne vois pas une attente forcée comme quelque chose de neutre ou meilleur.
Actuellement en France il faut le consentement des parents et comme interdire quelque chose revient à créer de la clandestinité au niveau santé je préfère les savoir suivis plutôt qu'iels se procurent des hormones par d'autres moyens ou se suicident avant l'âge adulte.

Je vais pas répondre au reste car ce serait vraiment trop long mais je comprend vraiment pas comment on peut parler d'un sujet politique sans parler politique, nos vies sont politiques qu'on le veuille ou non, elles dépendent de choix et d'idéologies qu'on a pas fait et au moins comprendre pourquoi permet d'en regagner un peu de pouvoir (cela dit on a peut-être pas la même définition de politique non plus, la demande initiale étant une demande d'analyse politique c'est pas très clair pour moi - on doit rester sur du témoignage ? - du coup je développerai pas plus).

Donc par rapport au post initial j'ai plusieurs fois lu cet article quand j'étais en questionnement et que je voulais être sûr de ne pas planter en transitionnant médicalement. Je regardais aussi des vidéos de détransitionneuses nord-américaines. Ce contexte nord-américain (en incluant le Canada) n'est pas le même qu'en France la comparaison a donc des limites. En tout cas cet article ne m'avait pas fait du bien mais je considère qu'il a fait parti de mon cheminement

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Jujulapeste » 06 sept. 2021 16:27

Killian5 a écrit :
06 sept. 2021 16:09

Je vais pas répondre au reste car ce serait vraiment trop long mais je comprend vraiment pas comment on peut parler d'un sujet politique sans parler politique, nos vies sont politiques qu'on le veuille ou non, elles dépendent de choix et d'idéologies qu'on a pas fait et au moins comprendre pourquoi permet d'en regagner un peu de pouvoir (cela dit on a peut-être pas la même définition de politique non plus, la demande initiale étant une demande d'analyse politique c'est pas très clair pour moi - on doit rester sur du témoignage ? - du coup je développerai pas plus).

Donc par rapport au post initial j'ai plusieurs fois lu cet article quand j'étais en questionnement et que je voulais être sûr de ne pas planter en transitionnant médicalement. Je regardais aussi des vidéos de détransitionneuses nord-américaines. Ce contexte nord-américain (en incluant le Canada) n'est pas le même qu'en France la comparaison a donc des limites. En tout cas cet article ne m'avait pas fait du bien mais je considère qu'il a fait parti de mon cheminement
Oui, difficile de ne pas déborder vers une analyse politique mais bon ce sont les règles du forum....

La demande initiale c'était autant des témoignages que des analyses ^^

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par BreizhTea » 07 sept. 2021 12:26

Jujulapeste a écrit :
06 sept. 2021 11:40
Alors concernant le point des traumatismes, je pense que c'est un facteur potentiel extrêmement complexe. Et contrairement à ce que tu as l'air de dire, une transition n'est pas une potentielle solution magique pour régler un traumatisme. Il y a d'autres choses qu'on peut faire avant comme des thérapies. Bon, je vais donner un exemple qui n'est pas forcément le plus pertinent mais bon j'ai que ça en tête... Les gens qui veulent se faire amputer d'une jambe parce qu'ils ressentent comme une gêne intense. On peut avoir 2 visions : La vision "prudente" (Est-ce que la personne a un trouble mental qui lui donne l'envie de se faire retirer un organe sain?) et la vision que je dirai "libertarienne" (Si c'est ce qu'elle veut au plus profond d'elle-même, c'est sa liberté individuelle et personnelle de se faire retirer la jambe si elle le souhaite). Honnêtement, j'ai pas la réponse sur laquelle des visions est la meilleure. Même si philosophiquement, je pencherai pour la vision libertarienne, le fait de laisser une personne se faire retirer la jambe sans s'assurer de régler un éventuel problème psychiatrique à la base me semble assez discutable. Et cet exemple pour moi s'applique aussi à la transidentité. Et la notion de trouble mental n'a rien de péjoratif et ne devrait jamais être vu comme tel.

A mon sens, la racine du problème n'est pas le fait de définir les personnes d'après les organes génitaux à la naissance (sauf peut-être dans le cas des intersexes). La vraie racine du problème vient pour moi, des rôles genrés masculins féminins et des codes sociaux qui vont avec. La vraie racine du problème c'est aussi l'essentialisme constant de la femme et de l'homme (ex: les femmes sont douces, les hommes sont protecteurs). Conclusion : le vrai problème est d'ordre sociologique. Honnêtement, je pense que si on bannissait tous les codes genrés (et non ça veut pas dire bannir le genre), beaucoup de personnes ne se sentiraient pas si mal avec leur "statut" de femme ou d'homme. Dans le fond, la dysphorie c'est pas uniquement un inconfort physique mais aussi parce qu'on se sent trop en décalage avec les codes genrés associés à notre genre initial. Et c'est là, le nœud du problème.
WOW j'ai dû vachement mal m'exprimer si ce que tu as retenu c'est "la transition est magique et résout les traumas" parce que ce n'est pas DU TOUT ce que je voulais dire...

Concernant ton exemple de la jambe : c'est un phénomène lié à la dépersonnalisation, qui est un trouble dissociatif. Faire de la thérapie du trauma et de la dissociation, pour des cas aussi "légers" que "juste" de la déper, ne prend que peu de temps. Pour les troubles dissociatifs complexes touchant à l'identité, ainsi que pour la transidentité, c'est à prendre au cas par cas.

Est-ce que transitionner va apporter un soulagement long terme et plus rapide que de la thérapie du trauma et de la dissociation ? Si oui, go transitionner. Si non, go thérapie du trauma et de la dissociation (et transition derrière s'il s'avère que c'est AUSSI nécessaire, après tout).

Je comprends que les codes sociaux genrés font partie du problème. Mais ce n'est pas le seul problème. C'est pour ça que je suis d'avis qu'il est important de laisser les gens expérimenter avec ces codes à n'importe que âge. Même si l'un n'empêche pas l'autre. Je veux dire, je ne suis à l'aise avec les codes genrés "féminins" que si j'ai un corps masculin. Y'a pas vraiment de "logique" derrière à part, je me sens bien comme ça. C'est comme ça que mon identité s'est développée.

Le développement identitaire est quelque chose de tellement complexe que, je le rappelle, certaines personnes développent une identité (au moins partiellement) de "je ne suis pas un être humain". Et ce n'est pas ça, la "maladie" qui les met en souffrance. Dans les troubles dissociatifs avec fluctuations identitaires, le but du traitement n'est PAS de modifier les perceptions identitaire, mais d'apaiser les troubles dissociatifs. Car le développement identitaire s'est fait de façon fluctuante, fragmentée, et... C'EST PAS GRAVE, on fait avec, on apprend à gérer pour être confortable. Y'a environ 10% de la population au moins qui a une identité fluctuante (en prenant les stats TDI + ATDS 1, donc sans compter les autres troubles dissos moins complexes qui ont aussi des fluctuations identitaires) ce qui va toucher à la fois à l'âge, au genre, à l'espèce... Il y a même certaines identités ainsi développées qui vont se considérer comme cis ou trans de manière indépendante du corps physique.

Parce que ça fait partie des trucs normaux chez un être humain.

Certaines personnes vont se baser là dessus pour choisir de transitionner. D'autres, pas. Et toutes les variations existent entre.

Non, la transition n'est pas une solution miracle. Mais si on a le choix entre :

40 ans de thérapie du trauma et de la dissociation (à cause des angoisses liées à la dysphorie de genre des états identitaires qui gèrent la vie quotidienne)

et

transition de genre (pour mettre en confort les états identitaires qui gèrent la vie quotidienne) + 20 ans de thérapie du trauma et de la dissociation

Ben le mieux pour la santé globale, c'est quand même la seconde solution.

Je le répète, c'est au cas par cas. Y'a des personnes dissociées dont tous les états identitaires ont le même genre que celui assigné à la naissance. D'autres où tous les états identitaires ont un genre différent de celui assigné à la naissance. D'autres où y'a un mélange des deux, et c'est un peu plus compliqué pour prendre une décision afin de s'assurer que tous les états identitaires sont OK avec la décision prise (transitionner ou pas, et comment).

Non ce n'est pas une "solution miracle" mais ça peut faire partie du traitement nécessaire le cas échéant. Tout comme pour n'importe quelle personne trans, quelle que soit la raison derrière. Le parcours de transition est à adapter à chaque personne, en fonction de ses besoins.

Certaines personnes vont "juste" avoir besoin de jouer avec les codes sociaux genrés, d'autres vont avoir besoin d'actes médicaux, etc. C'est au cas par cas et la priorité c'est son propre confort et sa propre santé mentale.

Ce qui revient à ce que je disais à @a_psalm_for_no_one

A mon avis, permettre aux gens d'avoir le choix de jouer avec les codes, tester des trucs, est bénéfique pour tout le monde. Même les cishet en fait, puisque ça peut les aider à être plus à l'aise avec leur cishétéro-tude. Parce que le fait d'être cishet est quelque chose qu'iels ont découvert sur elleux-mêmes, et non quelque chose qui leur a été imposé par conventions sociales.

En fait, à mon avis, garder la porte ouverte à tout le monde, permettrait de diminuer l'angoisse de performance de la norme cishet. De passer de "je dois me comporter comme ci comme ça pour performer la cishétéro-tude" à "je performe ma cishétéro-tude comme ci comme ça parce que c'est ce qui me rend confortable".

Il ne s'agit pas de "retirer les concepts de genre et de sexe" mais de les garder ouverts. Les phénotypes de sexe sont loin d'être aussi binaires que le veut la norme, et mutiler les intersexes à la naissance est nocif pour leur santé physique et mentale. Les stéréotypes de genre dépendent énormément de l'époque, de la culture, et même des classes sociales (cf "Young Masculinities: Understanding Boys in Contemporary Societies" de Stephen Frosh, Ann Phoenix et Rob Pattman). Les mecs cishet sont constamment en train d'hyper-performer de manière anxieuse, afin de rentrer dans le moule. Retirer le moule n'empêche PAS d'être cishet (ou quoi que ce soit d'autre) mais ça retire l'angoisse de performer dans le moule, ça retire la normativité d'être cishet et donc, potentiellement, ça retire pas mal de queer-phobies.

Il ne s'agit pas de "retirer les concepts" mais de retirer la NORMATIVITE. Le genre fait partie de l'identité intrinsèque des gens, au même titre que plein d'autres trucs. Le phénotype sexuel fait partie de la formation du corps, comme tous les organes. Ca existe, c'est indéniable. Mais, on peut retirer la normativité anxiogène et laisser les gens évoluer en leur expliquant tous les différents modèles possibles et en les laissant expérimenter jusqu'à trouver ce qui leur convient le mieux.

Je suis sans doute idéaliste, et je sais bien que la société actuelle est loin de mon idée de perfection. Je vois par contre que les normes trop étroites angoissent les gens et peuvent amener à faire des erreurs ou à se tromper.

Et je suis loin de considérer que tous les queers sont gentils parce que queers et tous les cishet sont méchants parce que cishet ;) J'ai rencontré des queers assez toxiques pour elleux-mêmes et les autres, ainsi que des cishet tout à fait charmans juste, mal informé's ou pas informé's du tout.

Tout le monde a une expérience du genre et de l'orientation, qu'on soit queer ou non. Ca fait partie de ce qui nous définit en tant que personnes. Mon espoir est simplement de retirer la normativité pour retirer l'angoisse de performance de la norme, permettre à tout le monde de faire l'expérience de sa propre identité (queer ou non) en toute sérénité.

Quant aux personnes à l'identité fluctuante voire non-humaine... Il y a énormément de personnes queer dans ces communautés. C'est simplement un autre aspect de la construction identitaire humaine, des variations normales de la construction identitaire humaine. Ca n'a rien à voir avec la transidentité mais en même temps ça a tout à voir puisque c'est une variation identitaire.
Comme le fait d'être trans.
Ou le fait d'être cis.
Ou tout autre aspect identitaire.

Ce que je veux dire en conclusion c'est que, ce n'est PAS le fait d'avoir des modèles qui est nocif, mais le fait de créer des catégorisation étroites et de les faire dépendre uniquement des organes génitaux à la naissance. Pour moi, prédire que les gens vont forcément devenir cishet en se développant, c'est aussi absurde que de prédire que quelqu'un va forcément devenir footballereuse pro parce qu'iel donnait des coups de pied in utéro.

__

Back to the détransition !

Plus je planche sur le sujet plus je me demande : c'est quoi qu'on appelle une transition pour commencer ? Parce que "détransitionner" c'est grosso modo "faire machine arrière d'une transition" donc pour savoir ce que c'est que "détransitionner" et pouvoir en parler il faut savoir c'est quoi "transitionner" pour commencer.

Et là le sujet est hyper vaste et complexe parce que, deux personnes qui ont le même corps et font le même geste, peuvent le faire, l'une dans le cadre d'une transition et l'autre, dans un autre cadre !

Un jeune mec trans peut porter un binder parce qu'il est un mec. Une jeune femme cis peut porter un binder pour éviter d'être hyper-sexualisée à cause de sa poitrine. Si le premier "détransitionne" en se rendant compte que finalement, elle s'est trompée elle est une fille, la seconde ne va PAS "détransitionner" en arrêtant de porter un binder à partir du moment où elle se sentira moins hyper-sexualisée par le regard des autres sur sa poitrine.

Comment faire la différence entre les deux ? (que ça soit de l'intérieur ou de l'extérieur)

Je veux dire, dans les deux cas la personne a fait ce qui la mettait la mieux à l'aise à un moment donné. A partir de quand on peut parler de transition/détransition, à partir de quand on peut parler de "tester des trucs par rapport à l'expression de genre", à partir de quand on peut parler de juste "chercher à échapper aux stéréotypes de genre" ?

C'est une vrai question de ma part.
Allez viens faire des galettes bretonnes, allez allez allez !

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Jujulapeste » 07 sept. 2021 17:35

BreizhTea a écrit :
07 sept. 2021 12:26

Ce que je veux dire en conclusion c'est que, ce n'est PAS le fait d'avoir des modèles qui est nocif, mais le fait de créer des catégorisation étroites et de les faire dépendre uniquement des organes génitaux à la naissance. Pour moi, prédire que les gens vont forcément devenir cishet en se développant, c'est aussi absurde que de prédire que quelqu'un va forcément devenir footballereuse pro parce qu'iel donnait des coups de pied in utéro.

__

Back to the détransition !


Un jeune mec trans peut porter un binder parce qu'il est un mec. Une jeune femme cis peut porter un binder pour éviter d'être hyper-sexualisée à cause de sa poitrine. Si le premier "détransitionne" en se rendant compte que finalement, elle s'est trompée elle est une fille, la seconde ne va PAS "détransitionner" en arrêtant de porter un binder à partir du moment où elle se sentira moins hyper-sexualisée par le regard des autres sur sa poitrine.

Comment faire la différence entre les deux ? (que ça soit de l'intérieur ou de l'extérieur)

Je veux dire, dans les deux cas la personne a fait ce qui la mettait la mieux à l'aise à un moment donné. A partir de quand on peut parler de transition/détransition, à partir de quand on peut parler de "tester des trucs par rapport à l'expression de genre", à partir de quand on peut parler de juste "chercher à échapper aux stéréotypes de genre" ?

C'est une vrai question de ma part.
Alors, je t'avoue que tu m'as complètement perdue avec cette histoire d'identité non-humaine.... Mais pour revenir sur ta conclusion, statistiquement, il y a quand même une majorité écrasante de cis. Donc à ce niveau là, c'est plus vraiment de la prédiction mais de la quasi-certitude en fait. La transidentité reste l'exception de très loin.

Pour répondre à ta question, la différence se situe dans la volonté de changer d'identité de genre de mon point de vue. Mais ça reste flou, je le concède. Parce qu'une partie des trans n'ont pas la volonté d'être perçu(e)s comme étant du sexe opposé mais rejette leur genre initial. Ce qui crée un entre-deux dans lequel je me situe (même si je me considère pas vraiment comme trans en soi mais c'est une autre histoire). Mais bon, tu le sais déjà^^. Quand on parle de transition de manière "mainstream", dans la tête des gens, c'est soit tu passes de mec à meuf soit inversement alors que c'est beaucoup plus complexe que ça comme tu le disais. Et c'est hyper frustrant. Tiens, ça me rappelle le cas des nullos, je sais pas si tu connais. Des hommes qui se font retirer leur appareil génital masculin sans faire de vaginoplastie. Ils gardent leur apparence masculine et prennent de la testostérone pour faire fonctionner leur corps correctement mais n'ont pas de dysphorie liée à leur identité de genre. Mais la question se pose, peut-on parler d'une transition dans ce cas précis ?

Sujet complexe, en effet.

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par BreizhTea » 07 sept. 2021 20:30

Jujulapeste a écrit :
07 sept. 2021 17:35
Alors, je t'avoue que tu m'as complètement perdue avec cette histoire d'identité non-humaine...
C'était principalement pour souligner que les variations identitaires humaines sont beaucoup plus vastes que "juste" homme/femme avec plein de zones floues et d'entre-deux (Mais oui des fois je pars loin quand je parle de trucs qui me passionnent, je le reconnais. C'est logique dans ma tête promis !). Et que donc, les normes sociales qui ne permettent que deux cases étroites, font du mal à beaucoup de gens pour plein de raisons. Y compris les cishet ;)
Jujulapeste a écrit :
07 sept. 2021 17:35
Mais pour revenir sur ta conclusion, statistiquement, il y a quand même une majorité écrasante de cis. Donc à ce niveau là, c'est plus vraiment de la prédiction mais de la quasi-certitude en fait.
Je sais pas ce qu'est une "certitude" pour toi, mais pour moi, il faut que ça soit un certain truc à 0,05% près - voire moins. Par exemple une maladie est dite "rare" si elle est présente chez moins de 0,05% des gens.

Et ben, la cis-itude n'est PAS une certitude, l'hétéro-tude non plus, et même le fait d'avoir un seul pôle identitaire constant, ne sont PAS des certitudes. Suivant les études on a jusqu'à 2% des personnes qui se reconnaissent dans l'étiquette "trans", jusqu'à 10% dans l'étiquette "non-binaire", jusqu'à 10% minimum avec plusieurs pôles identitaires, et "que" 83% de personnes en France qui sont "exclusivement hétéro" (donc par élimination, 17% des gens qui ne sont PAS hétéro stricto sensu)... Même les intersexes ne sont pas "rares", l'intersexuation est plus fréquente que la couleur de cheveux rousse.

De plus, ce n'est pas parce que quelque chose est "rare" qu'il ne faut pas s'en occuper. Les maladies rares et orphelines sont prises en charge du mieux possible par la société. Pourquoi est-ce que ça coince dès qu'on parle d'identité de genre non-cis ?
Jujulapeste a écrit :
07 sept. 2021 17:35
Pour répondre à ta question, la différence se situe dans la volonté de changer d'identité de genre de mon point de vue.
Bon, ça nous améliore déjà un peu notre point de vue sur le sujet !

La "détransition" serait donc, avoir changé d'identité de genre (au moins socialement) pendant un temps puis, après coup, avoir de nouveau changé d'avis pour revenir vers son genre d'assignation. Et ce, en-dehors de toute période de simple "test".

Or, dans l'article donné dans le premier post, j'ai du mal à voir où est faite la différence entre des ados qui ont exploré leur genre, et des ados qui ont véritablement "transitionné deux fois" (une fois vers "pas mon genre assigné" et l'autre vers "mon genre assigné"). Et c'est là que le bât blesse, à mon avis.

Si la "culture mainstream" (bouh j'aime pas dire ça comme ça) instrumentalise le fait d'essayer des trucs, pour dire que "C'est pas bien d'essayer des trucs regardez des fois les gens changent d'avis" je trouve ça triste. Y'a beaucoup plus d'adultes trans qui regrettent d'avoir attendu de transitionner, que d'ados qui testent des trucs et finalement changent d'avis. Et c'est normal de tester des trucs.

Je ne vois pas pourquoi on se focalise autant sur les ados qui jouent avec leur présentation de genre. J'ai l'impression que c'est assez malsain et que cela fait partie de l'hyper sexualisation des gens qui ne sont pas cishet. C'est triste.

Faudra qu'on m'explique pourquoi on trouve ça plus intéressant à raconter à la radio, des ados qui disent "Hey mais je suis cis en fait ! :O" après avoir "testé être trans", que des adultes qui disent "Hey mais je suis trans en fait ! :O" après avoir "testé être cis".

J'ai ptêt une logique bien à moi.
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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Apeiron » 07 sept. 2021 22:51

Jujulapeste a écrit :
06 sept. 2021 11:40

En lisant ton argumentation, j'avoue que l'idée de définir un âge ne me paraît plus aussi pertinent comme seul critère pour entamer une transition médicale. Je ne connais pas du tout ce concept de trans primaire/secondaire mais ça m'intrigue.
C'est une dichtomie très arriériste et contestée depuis longtemps.

Ceux qui ressentent le besoin de transitionner tôt et expriment bien avant leur majorité le fait qu'ils sont de l'autre genre et aussi ceux qui commencent une transition tôt sont considérés trans primaire.

Trans secondaire sont ceux qui transitionnent après avoir un vécu dans leur genre d'origine.

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BreizhTea
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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par BreizhTea » 08 sept. 2021 08:00

Ouais grosso modo, les trans primaires ont eu un environnement assez sécure et informé pour qu'iels puissent s'exprimer tôt dans leur vie, et les secondaires ont vécu dans un environnement de merde, insécure, transphobe, psychophobe...
Allez viens faire des galettes bretonnes, allez allez allez !

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