De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Astuces, questionnements et conseils pour passer au masculin sans aide médicale
Jujulapeste
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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Jujulapeste » 05 sept. 2021 20:29

Entièrement d'accord avec toi John et merci Apeiron pour ce témoignage qui donne à réfléchir.

Killian5
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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Killian5 » 05 sept. 2021 20:52

John a écrit :
03 sept. 2021 10:08
Je trouve dramatique que des "médecins" n'aient pas davantage de recul, qu'on puisse prescrire des hormones ou des chirurgies à des enfants qui ne savent encore que si peu de la réalité du monde qui les entoure. Comment peut on savoir qui on est sans avoir vécu en tant qu'adulte?
La chirurgie sur les enfants n'existe pas (ou on a pas la même définition d'enfants), par contre ne pas donner de bloqueurs entraîne des caractères sexuels secondaires qui pourraient ensuite être enlevés par chirurgie (visage, pomme d'adam, seins, ...) soit plus de risques et d'emmerdes, ça et se flinguer la santé mentale de l'absurdité de se taper deux pubertés.
Sur le "comment peut-on savoir" ça me fait penser aux gens qui disent "comment tu peux savoir que t'es homo si t'as pas essayé" et on pose pas la question dans l'autre sens.
En appeler à l'innocence de l'enfance, "on touche pas aux enfants" c'est un discours qu'on retrouve chez les conservateurs / lgbtphobes (ce que je ne dis pas que tu es). Perso j'en suis arrivé à la conclusion que ces derniers veulent empêcher l'auto-détermination des enfants parce que plus on transitionne tôt plus le passing sera meilleur, plus l'intégration sera réussie et moins il y aura d'occasions d'exercer des violences.

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par a_psalm_for_no_one » 05 sept. 2021 21:44

Killian5 a écrit :
05 sept. 2021 20:52
Sur le "comment peut-on savoir" ça me fait penser aux gens qui disent "comment tu peux savoir que t'es homo si t'as pas essayé" et on pose pas la question dans l'autre sens.
Il faut surtout arrêter de comparer le fait d'être trans à la sexualité. De base on ne devrait même pas être mis avec les LGB parce que ce n'est pas du tout la même chose et ça ne nous arrange pas d'être mis là-dedans et d'être vus comme une identité politique et sociétale. Être trans est avant tout une condition médicale et c'est beaucoup plus sérieux que d'être homo/bi/hétéro où là bah les essais, les erreurs sont permis et n'ont que très rarement des conséquences dramatiques.

Être bi/homo est par ailleurs beaucoup plus répandu que d'être trans, je reste convaincu que notre condition est peu répandue mais que beaucoup se convainquent de l'être parce que y'a pas mal de cisphobie dans certains groupes très bruyants.

Je n'ai rien contre évoquer ce sujet à des enfants mais il faut aussi leur faire comprendre qu'être trans c'est pas pour abolir la binarité de genre ou les stéréotypes. Or c'est quelque chose qui est beaucoup entendu dans certains groupes activistes.

Tant que le transsexualisme sera présenté comme une identité sociétale et politique que tu peux être juste par choix je ne suis pas extrêmement emballé pour en parler de cette façon à des enfants/adolescents.

Je suis 100% pour que des enfants/adolescents trans puissent transitionner le plus vite possible. Sauf que y'a beaucoup trop de désinformations pour permettre ça sans risquer de donner le feu vert pour transitionner à des gens en fait pas trans.
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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par John » 05 sept. 2021 22:09

Killian5 a écrit :
05 sept. 2021 20:52

La chirurgie sur les enfants n'existe pas (ou on a pas la même définition d'enfants), par contre ne pas donner de bloqueurs entraîne des caractères sexuels secondaires qui pourraient ensuite être enlevés par chirurgie (visage, pomme d'adam, seins, ...) soit plus de risques et d'emmerdes, ça et se flinguer la santé mentale de l'absurdité de se taper deux pubertés.
Sur le "comment peut-on savoir" ça me fait penser aux gens qui disent "comment tu peux savoir que t'es homo si t'as pas essayé" et on pose pas la question dans l'autre sens.
En appeler à l'innocence de l'enfance, "on touche pas aux enfants" c'est un discours qu'on retrouve chez les conservateurs / lgbtphobes (ce que je ne dis pas que tu es). Perso j'en suis arrivé à la conclusion que ces derniers veulent empêcher l'auto-détermination des enfants parce que plus on transitionne tôt plus le passing sera meilleur, plus l'intégration sera réussie et moins il y aura d'occasions d'exercer des violences.
Je ne suis pas sûr que tu aies très bien compris mon propos.
Déjà, il y a des chir qui opèrent à 16 ans. À 16 ans tu n'es pas un adulte. D'ailleurs on ne devient pas soudainement adulte à 18 ans non plus. Je ne parle pas de majorité légale, mais de maturité.
De plus, j'ai bien parlé de "donner des hormones" et pas de bloqueurs de puberté.
Je trouve un peu paranoïaque ton dernier paragraphe, et pourtant j'ai un père lgbtphobe et complotiste...
a_psalm_for_no_one a écrit :
05 sept. 2021 21:44
Je suis 100% pour que des enfants/adolescents trans puissent transitionner le plus vite possible. Sauf que y'a beaucoup trop de désinformations pour permettre ça sans risquer de donner le feu vert pour transitionner à des gens en fait pas trans.
Voilà, exactement.

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Apeiron » 05 sept. 2021 22:35

Jujulapeste a écrit :
05 sept. 2021 20:29
Entièrement d'accord avec toi John et merci Apeiron pour ce témoignage qui donne à réfléchir.
Ah, merci (et désolé pour la syntaxe dégueulasse, le message est difficilement lisible mais reste compréhensible).


Je ne suis pas trop d'accord avec le discours de John (et Jeremix) justement ;) mais j'évite de répondre pour le moment (emploi du temps trop chargé) mais je reviendrais discuter avec plaisir.

Il faudrait détailler et argumenter mais pour faire bref, je ne pense pas qu'on puisse décréter qu'une transition se fait trop jeune quand on est pas à la place de la personne. C'est hyper subjectif, je trouve les propos trop simplificateurs par leurs généralisations.

Je connais plusieurs garçons qui se sont fait opérer à 16 ans (des français qui ont fait l'opé du torse aux USA) et n'ont jamais regretté pour ma part. Chaque cas est particulier. Justement eux ils étaient très matures et très sereins : la maturité n'est pas toujours une question d'âge, je dirais même que je trouve souvent plus de sagesse chez des jeunes de cet âge là que chez des adultes de 30/40 ans.

J'ai connu aussi un FtM qui était un modèle de sagesse, d'intelligence et de maturité (il a intégré avec de l'avance une très grande prépa parisienne et a eu un parcours social et professionnel) et il avait commencé sa transition "à la sauvage" quand il était mineur (il est de ma génération, c'était il y a longtemps) car il voulait vraiment vivre sa vie au masculin tout simplement, chose qui a été tout à fait possible (sans se faire griller) dans son cas.

Si on en est vraiment à débattre librement, moi je trouve d'ailleurs étrange d'attendre longtemps justement, ça tend à faire de la transition une simple "option de vie" que l'on peut reléguer à plus tard et non comme une urgence existentielle (vouloir vraiment vivre au masculin/ne pas supporter d'avoir un corps et une identité féminine) car si tu attends pour te donner le temps de la réflexion, en attendant tu vis sous ton identité de naissance sans rien pouvoir faire de ce que tu projettes d'une vie au masculin alors que la vie passe (et peut s'arrêter n'importe quand) donc je ne trouve vraiment pas que ce soit une marque de maturité ou de sagesse d'attendre. Et puis de toute façon, si vraiment on veut aller dans ce sens là : une transition n'est jamais quelque chose de raisonnable ou sage par définition.
Sans compter le fait qu'une transition prend du temps physiquement parlant aussi (le temps que les hormones agissent sur ton corps, le temps d'acquérir une nouvelle carrure, le temps de sociabiliser avec ta nouvelle identité et tout ce que ça implique...), donc si tu attends en plus avant de commencer ta transition médicale...bah, la vie passe et tu vieillis...dans un corps féminin.
Mais chacun fait ce qu'il veut. Mais pour quelqu'un qui se dit prêt à attendre, je soutiendrais presque la vieille distinction trans primaire/trans secondaire.

Voilà, je ne juge pas ceux qui commencent tard car justement c'est lié à leur parcours de vie particulier mais je trouve ça en un sens plus étrange que quelqu'un qui se fait opérer à 16 ans et certainement pas "plus sage" ou "plus mature".

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Dag » 06 sept. 2021 00:16

John a écrit :
04 sept. 2021 20:50
D'un côté, je suis bien content d'avoir trouvé un chir qui m'opère sans certificat et sans T. C'est paradoxal, j'en suis conscient. Mais j'ai 30 piges, et quand je vois la violence et l'inconscience de mon adolescence, je suis bien content d'avoir réalisé tout ça un peu "tard". Avoir la possibilité de faire une hysté à 18 ans par exemple, je trouve ça un peu limite (tout comme faire un enfant à cet âge, d'ailleurs).
Ma prise de conscience remonte à la petite enfance et je n'ai commencé à transitionner qu'à 28 ans, notamment par peur des conséquences sociales. J'ai fait la paix avec moi-même mais un de mes grands regrets est de ne pas m'être lancé plus tôt. Mon confort de vie de jeune adulte et mes rapports aux autres auraient été très différents de ce que j'ai pu vivre. Le seul bénéfice que j'ai tiré de ma transition tardive, c'est mon indépendance totale sur tous les plans (financier, administratif, émotionnel...). Il n'y a rien à généraliser à partir de cet exemple qui vise à montrer que rien que dans le petit cercle de personnes qui discutent dans ce fil, on a déjà un panel de situations très varié.

Pour l'hysté, certes il n'y a pas de limite d'âge, mais elle est rarement appliquée sur des personnes ayant autour de 18 ans, ne serait-ce que parce que la version avec ablation des gonades, le pré-requis est d'être sous THS et qu'il soit stabilisé. C'est un peu un faux sujet, la proportion de personnes concernées sur l'ensemble des personnes trans est franchement faible.
John a écrit :
04 sept. 2021 20:50
Pour le coup c'est le système entier qui devrait être repensé. Maintenant faut pas oublier que les remboursements sont basés sur des codes utilisés pour des procédures médicales, du coup sans parcours médical "officiel" qui définit ces critères, comment? Et comment s'assurer de la bonne volonté des personnes qui s'en chargent?
C'est malheureusement le cas pour bien d'autres choses et pour bien des pathologies.
L'existence d'un parcours médical officiel complet est un mirage. Il existe des autorités de santé en France qui seraient légitimes (je parle du plan "légaliste", pas forcément de la compétence ni de leur caractère friendly ou non friendly ou encore de leur bonne volonté) pour définir des critères. Or, ce n'est pas fait. Aujourd'hui, stricto sensu, la prescription d'un THS masculinisant peut être considérée comme hors AMM. Il n'y a pas de code CCAM dédié pour les mammectomies pour personnes trans, les critères appliquées par les caisses d'assurance maladie pour valider les remboursements sont variables et ne sont écrits nulle part. Les parcours hospitaliers définissent leurs propres critères, certains basés sur des protocoles datés. Un des seuls outils est l'ALD31.
La situation est loin d'être satisfaisante mais je la trouve largement préférable à celle d'il y a quelques années dont le cadre était beaucoup plus rigide, avec des étapes imposées pour accéder aux suivantes (à tout hasard la stérilisation obligatoire pour changer d'état-civil pour toi que l'hysté interpelle). Il est plus possible de tenir compte des situations individuelles. L'exercice du consentement libre et éclairé me semble la seule voie raisonnable. Il reste pour partie à créer les conditions pour que le consentement à la transition soit bien libre et éclairé. Et cela passe notamment la disponibilité d'une information complète et de qualité (et pas qu'en milieu médical, les assos contribuent largement) et des soignants compétents pour accompagner.
Apeiron a écrit :
05 sept. 2021 22:35
Il faudrait détailler et argumenter mais pour faire bref, je ne pense pas qu'on puisse décréter qu'une transition se fait trop jeune quand on est pas à la place de la personne. C'est hyper subjectif, je trouve les propos trop simplificateurs par leurs généralisations.
C'est exactement ce qu'il me semble aussi. Chacun est différent, que ce soit par le parcours de vie ou la maturité. L'âge seul n'est pas un critère pertinent.

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par John » 06 sept. 2021 06:24

Je suis plutôt d'accord avec vous, Dag et Apeiron.
Je regrette qu'il n'y ait pas davantage de professionnels de santé formés correctement sur le sujet pour accompagner tous ces types de profils, y compris les plus jeunes.
A l'heure actuelle, je pense que l'accès à l'information (de qualité) et à des médecins (et psys) compétents est trop limitée, notamment pour les plus jeunes.
Je suis soulagé de voir et de savoir que certains peuvent commencer si tôt et que c'était la bonne décision pour eux. Je m'inquiète juste pour tous les autres. Et c'est pas pour ça que j'irai militer contre ou invalider leur genre, hein.
A vrai dire, pour ma part, réaliser plus tôt aurait sûrement été plus "simple" aussi, c'est vrai que la fac aurait probablement été un meilleur terrain pour expérimenter avec les pronoms et me lancer. Mais je crois que, pour ma part, j'aurais probablement pris de mauvaises décisions à cette période de ma vie. Et puis ça ne m'a pour le coup pas empêché de construire de belles choses et rencontrer de belles personnes, qui ne seraient probablement pas dans ma vie autrement... Du coup, je n'ai pas vraiment de regrets.

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par BreizhTea » 06 sept. 2021 08:59

John a écrit :
04 sept. 2021 15:01
Je suis d'accord avec toi sur à peu près tous les points, notamment les bloqueurs de puberté et la transition sociale.
J'aimerais bien, si tu retrouves ces témoignages, les lire.
y'en a ici : https://transequality.org/sites/default ... -Dec17.pdf


Quant aux gens "J'ai testé mais finalement c'est pas moi" j'ai du mal à appeler ça une "détransition" vu que, de mon point de vue, c'est "j'ai TESTE et c'est pas pour moi".

Un peu comme les personnes trans "testent" d'être cis et finalement, nope.
Allez viens faire des galettes bretonnes, allez allez allez !

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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par BreizhTea » 06 sept. 2021 09:45

John a écrit :
04 sept. 2021 15:01
Je suis d'accord avec toi sur à peu près tous les points, notamment les bloqueurs de puberté et la transition sociale.
J'aimerais bien, si tu retrouves ces témoignages, les lire.
y'en a ici : https://transequality.org/sites/default ... -Dec17.pdf


Quant aux gens "J'ai testé mais finalement c'est pas moi" j'ai du mal à appeler ça une "détransition" vu que, de mon point de vue, c'est "j'ai TESTE et c'est pas pour moi".

Un peu comme les personnes trans "testent" d'être cis et finalement, nope.
Dag a écrit :
04 sept. 2021 19:44
On a le droit de voter, de conduire, de boire de l'alcool à 18 ans. On prend des décisions qui ont un impact sur notre vie bien avant l'âge de la maturité cérébrale sur de nombreux sujets : faire des études, travailler, se mettre en couple, avoir des enfants, avorter, se faire soigner... Cela fait partie du processus pour devenir adulte et ça ne s'arrête jamais.
Il est bien entendu que c'est important de réfléchir par soi-même avant de prendre une décision radicale comme transitionner médicalement et administrativement, mais imposer un âge minimal ou des délais fixes de réflexion de quelques années me semble un non-sens. C'est la porte ouverte à la mise en place de critères arbitraires qui déterminent la bonne transitude d'une personne et les personnes trans en ont souffert pendant de nombreuses années et continuent à en souffrir (un exemple parmi d'autres: les remboursements aléatoires des mammecs).
C'est aussi mon point de vue. Il y a énormément plus de personnes qui regrettent d'avoir des enfants, de se marier, de se faire tatouer... que de personnes qui détransitionnent. Pourtant, nulle part il n'y a de militantisme anti-mariage parce que attention, le mariage est la première cause de divorce !

Deux poids deux mesures...


Concernant l'argument "mais c'était à cause d'une agression sexuelle" je ne vois pas en quoi, une fluctuation identitaire d'origine traumatique, est moins légitime qu'une fluctuation identitaire d'origine indéterminée. L'important à mon sens ce n'est pas de savoir pourquoi, mais comment aider.

Alors oui, quand c'est d'origine traumatique, gérer le trauma en parallèle de la transition, c'est important. Mais il faut aussi prendre en compte d'autres paramètres :
(1) un trauma chronique infantile entraîne des fluctuations identitaires durables et certaines personnes vont passer tout le reste de leur vie en thérapie de l'intégration et du trauma. Est-ce une raison pour les laisser pendant 20, 30, 40 ans souffrir de dysphorie de genre, juste parce que c'est d'origine traumatique ?
(2) même après avoir géré les traumas, si la construction identitaire s'est faite (pour raisons traumatiques) dans la direction de "je suis d'un genre différent de celui d'assignation" et bien, c'est juste une façon parmi d'autres d'être trans. Je ne vois pas en quoi c'est "moins valide" et "moins trans" surtout si c'est l'identité adulte et définitive.
(3) si le trauma était un facteur aussi important que ça dans la transidentité, il n'y aurait pas beaucoup de femmes cis...

John a écrit :
04 sept. 2021 20:50
Je pense qu'on ne peut pas faire l'amalgame "prudent"=transphobe VS trans-ally="tout permis à tout le monde". Et c'est parfois ce dont j'ai un peu l'impression.
Je suis d'accord avec toi. C'est pour ça que, paradoxalement, je suis pour le fait de permettre à tout le monde de tester des trucs (prothèses, vêtements, pronoms...) et d'avoir accès aux retardateurs de puberté, dans un cadre médical adéquat. Cela aide à tester des choses et prendre son temps pour faire de l'introspection, en toute sécurité.

a_psalm_for_no_one a écrit :
05 sept. 2021 21:44
Il faut surtout arrêter de comparer le fait d'être trans à la sexualité. De base on ne devrait même pas être mis avec les LGB parce que ce n'est pas du tout la même chose et ça ne nous arrange pas d'être mis là-dedans et d'être vus comme une identité politique et sociétale. Être trans est avant tout une condition médicale et c'est beaucoup plus sérieux que d'être homo/bi/hétéro où là bah les essais, les erreurs sont permis et n'ont que très rarement des conséquences dramatiques.

Être bi/homo est par ailleurs beaucoup plus répandu que d'être trans, je reste convaincu que notre condition est peu répandue mais que beaucoup se convainquent de l'être parce que y'a pas mal de cisphobie dans certains groupes très bruyants.

Je n'ai rien contre évoquer ce sujet à des enfants mais il faut aussi leur faire comprendre qu'être trans c'est pas pour abolir la binarité de genre ou les stéréotypes. Or c'est quelque chose qui est beaucoup entendu dans certains groupes activistes.
Au risque de te contredire ...

TOUT ce qui n'est pas cishet est hyper sexualisé. Aroace ? Hypersexualisé. Non-binaire ? Sexualisé. Homo ? Sexualisé.

Un enfant "gay" est sexualisé, un enfant "hétéro" est considéré comme mignon. La société trouve ça mignon d'hyper sexualiser une fille cis en jupe alors qu'elle a 3 ans par contre, si c'est un garçon qui porte une jupe à 3 ans c'est une "perversion sexuelle". Un garçon de 3 ans qui fait un bisou à un autre garçon c'est "pervers", s'il court après une fille pour la forcer à l'embrasser c'est "mignon".

Historiquement, de nombreuses cultures mettent toutes les personnes queer dans le même "panier". Le mot "transsexualisme" lui-même est d'origine cishétéronormée : cela désigne une personne transgenre hétéro ou avec les termes de l'époque, "une personne qui a le comportement sexuel de l'autre sexe (couche avec son propre sexe mais s'habille et se comporte comme l'autre sexe)". Une personne trans gay était "pas assez trans" et donc "un/e traversti/e".

TOUTES les personnes qui ne sont pas cishet sont marginalisées et sexualisées. TOUTES. Les intersexes avec. On ne parle pas assez des intersexes.

Sans compter qu'il y a énormément d'intersections entre les différentes identités queer. Transitionner remet parfois en question les orientations sexuelles, romantiques, etc. Parce que c'est normal. C'est la vie. L'identité est quelque chose de fluide, qui évolue avec le temps.

Les enjeux politiques et sociaux queer sont des enjeux de laisser les gens découvrir qui ils sont, sans leur imposer quoi que ce soit d'après leurs organes génitaux à la naissance. Or, la cishétéronormativité se base sur les organes génitaux à la naissance. Cis pour l'identité de la personne, hétéro pour le type de personnes avec qui on va coucher à l'âge adulte. Et si t'es intersexe t'es anormal et on te mutile.

La même racine du problème : définir les gens d'après leurs organes génitaux à la naissance. Développer avec le temps une identité et des orientations, indépendamment du corps, c'est NORMAL pour l'être humain. Que ça soit parce que, voilà, parce que. Ou que ça soit suite à des "accidents de vie" (traumas, troubles dissociatifs... Voir le livre "Alter-humanités" pour un tour d'horizon des personnes qui développent une identité non-humaine, par exemple, ainsi que les livres "Le soi hanté" et "Dépasser la dissociation d'origine traumatique" pour les mécanismes sous-jacents)

Apeiron a écrit :
05 sept. 2021 22:35
Si on en est vraiment à débattre librement, moi je trouve d'ailleurs étrange d'attendre longtemps justement, ça tend à faire de la transition une simple "option de vie" que l'on peut reléguer à plus tard et non comme une urgence existentielle (vouloir vraiment vivre au masculin/ne pas supporter d'avoir un corps et une identité féminine) car si tu attends pour te donner le temps de la réflexion, en attendant tu vis sous ton identité de naissance sans rien pouvoir faire de ce que tu projettes d'une vie au masculin alors que la vie passe (et peut s'arrêter n'importe quand) donc je ne trouve vraiment pas que ce soit une marque de maturité ou de sagesse d'attendre. Et puis de toute façon, si vraiment on veut aller dans ce sens là : une transition n'est jamais quelque chose de raisonnable ou sage par définition.
Sans compter le fait qu'une transition prend du temps physiquement parlant aussi (le temps que les hormones agissent sur ton corps, le temps d'acquérir une nouvelle carrure, le temps de sociabiliser avec ta nouvelle identité et tout ce que ça implique...), donc si tu attends en plus avant de commencer ta transition médicale...bah, la vie passe et tu vieillis...dans un corps féminin.
AMEN !

Mon seul regret en matière de transition est d'avoir écouté les gens autour de moi qui me disaient que j'étais une fille juste parce que... j'avais des sensations dans les tétons.

Oui oui.

D'autres m'ont sorti que la dysphorie de genre c'était "juste" que je devais "accepter mon corps de femme". Ben plus j'essayais, pus je détestais. Le corps de femme hein, pas le maquillage. Le maquillage je kiffe toujours. Mais apparemment, les femboys existent pas, y'a que les femmes qui portent du maquillage...

J'en ai d'autres qui m'ont sorti que j'avais pas de dysphorie de genre mais une dysphorie de poids et que j'avais qu'à perdre du poids. Ben "bizarrement" j'ai arrêté de bouffer toute la journée pour des raisons de stress... à partir du moment où j'ai décidé de faire une transition masculinisante et donc de modifier mon alimentation et faire du bodybuilding.

Magie !

Pour en revenir aux histoires de trauma : oui, j'ai des traumas. Sans doute il y a une influence sur mon identité de genre. Mais l'inverse est vrai aussi. J'ai vécu énormément plus d'agressions parce que j'essayais timidement de faire valoir mon identité de genre non-binaire transmasculine (pour me "prouver que je suis une fille"...), que ce que j'ai vécu d'agressions avant le moindre coming-out.

Ben "bizarrement" je préfère être une personne emby transmasc qui se fait agresser, que d'être une femme cis qui ne se fait pas agresser. "Bizarrement"... (Après le mieux c'est de coller un pain aux agresseurs mais ça c'est une autre histoire).
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Re: De l'autre côté du miroir (discussion ouverte)

Message par Jujulapeste » 06 sept. 2021 11:40

Vos réflexions sont toutes super intéressantes. Désolée, je découpe vos citations à la truelle.
a_psalm_for_no_one a écrit :
05 sept. 2021 21:44

Il faut surtout arrêter de comparer le fait d'être trans à la sexualité. De base on ne devrait même pas être mis avec les LGB parce que ce n'est pas du tout la même chose et ça ne nous arrange pas d'être mis là-dedans et d'être vus comme une identité politique et sociétale. Être trans est avant tout une condition médicale et c'est beaucoup plus sérieux que d'être homo/bi/hétéro où là bah les essais, les erreurs sont permis et n'ont que très rarement des conséquences dramatiques.

Tant que le transsexualisme sera présenté comme une identité sociétale et politique que tu peux être juste par choix je ne suis pas extrêmement emballé pour en parler de cette façon à des enfants/adolescents.

Je suis 100% pour que des enfants/adolescents trans puissent transitionner le plus vite possible. Sauf que y'a beaucoup trop de désinformations pour permettre ça sans risquer de donner le feu vert pour transitionner à des gens en fait pas trans.
Tu soulèves un truc qui me dérange depuis trèèèès longtemps. Je vais seulement faire une parenthèse parce que je ne voudrai pas trop m'éloigner du sujet initial mais je fais théoriquement partie de la "communauté" LGBT+, du fait que je suis bi (même si pan serait plus exact). Je suis d'accord avec toi avec le fait qu'être trans n'est pas une orientation sexuelle et que par conséquent, c'est très différent.
Perso, je me suis jamais identifiée aux LGBT+ pour une raison simple : Pour moi, c'est devenu un parti politique à part entier majoritairement orienté extrême-gauche et qui ne s'affiche pas en tant que tel. Je comprends absolument la nécessité de se battre pour nos droits mais là ça prend un tout autre tournant qui me déplaît au plus haut point. Beaucoup trop de militants ont fait de leur orientation sexuelle une orientation politique en soi. Et je trouve ça extrêmement problématique, ça renvoie l'idée qu'au final, une orientation sexuelle c'est un truc qui se choisit totalement. Sauf que je pense parler au nom de beaucoup quand je dis que j'ai JAMAIS choisi mon orientation et j'en ai souffert pendant mon adolescence. D'ailleurs j'ai souvent vu des activistes faire le raccourci suivant : LGBT+ = "gentil" de gauche et Hétéro = "méchant" de droite. Je trouve ça totalement absurde et contre-productif.
Evidemment, tout combat pour des droits est politique en soi mais en arriver à ce genre d'extrémités, j'adhère pas du tout :non: Voilà je ferme cette parenthèse, sinon je pourrai encore en parler pendant très longtemps mais c'est pas le but de ce thread.

Concernant les enfants, je pense que c'est hyper délicat et effectivement sans pour autant interdire, il faudrait agir avec grande prudence.
Apeiron a écrit :
05 sept. 2021 22:35

Si on en est vraiment à débattre librement, moi je trouve d'ailleurs étrange d'attendre longtemps justement, ça tend à faire de la transition une simple "option de vie" que l'on peut reléguer à plus tard et non comme une urgence existentielle (vouloir vraiment vivre au masculin/ne pas supporter d'avoir un corps et une identité féminine) car si tu attends pour te donner le temps de la réflexion, en attendant tu vis sous ton identité de naissance sans rien pouvoir faire de ce que tu projettes d'une vie au masculin alors que la vie passe (et peut s'arrêter n'importe quand) donc je ne trouve vraiment pas que ce soit une marque de maturité ou de sagesse d'attendre. Et puis de toute façon, si vraiment on veut aller dans ce sens là : une transition n'est jamais quelque chose de raisonnable ou sage par définition.
Sans compter le fait qu'une transition prend du temps physiquement parlant aussi (le temps que les hormones agissent sur ton corps, le temps d'acquérir une nouvelle carrure, le temps de sociabiliser avec ta nouvelle identité et tout ce que ça implique...), donc si tu attends en plus avant de commencer ta transition médicale...bah, la vie passe et tu vieillis...dans un corps féminin.
Mais chacun fait ce qu'il veut. Mais pour quelqu'un qui se dit prêt à attendre, je soutiendrais presque la vieille distinction trans primaire/trans secondaire.

Voilà, je ne juge pas ceux qui commencent tard car justement c'est lié à leur parcours de vie particulier mais je trouve ça en un sens plus étrange que quelqu'un qui se fait opérer à 16 ans et certainement pas "plus sage" ou "plus mature".
En lisant ton argumentation, j'avoue que l'idée de définir un âge ne me paraît plus aussi pertinent comme seul critère pour entamer une transition médicale. Je ne connais pas du tout ce concept de trans primaire/secondaire mais ça m'intrigue.
BreizhTea a écrit :
06 sept. 2021 09:45

Concernant l'argument "mais c'était à cause d'une agression sexuelle" je ne vois pas en quoi, une fluctuation identitaire d'origine traumatique, est moins légitime qu'une fluctuation identitaire d'origine indéterminée. L'important à mon sens ce n'est pas de savoir pourquoi, mais comment aider.

La même racine du problème : définir les gens d'après leurs organes génitaux à la naissance. Développer avec le temps une identité et des orientations, indépendamment du corps, c'est NORMAL pour l'être humain. Que ça soit parce que, voilà, parce que. Ou que ça soit suite à des "accidents de vie" (traumas, troubles dissociatifs... Voir le livre "Alter-humanités" pour un tour d'horizon des personnes qui développent une identité non-humaine, par exemple, ainsi que les livres "Le soi hanté" et "Dépasser la dissociation d'origine traumatique" pour les mécanismes sous-jacents)
Alors concernant le point des traumatismes, je pense que c'est un facteur potentiel extrêmement complexe. Et contrairement à ce que tu as l'air de dire, une transition n'est pas une potentielle solution magique pour régler un traumatisme. Il y a d'autres choses qu'on peut faire avant comme des thérapies. Bon, je vais donner un exemple qui n'est pas forcément le plus pertinent mais bon j'ai que ça en tête... Les gens qui veulent se faire amputer d'une jambe parce qu'ils ressentent comme une gêne intense. On peut avoir 2 visions : La vision "prudente" (Est-ce que la personne a un trouble mental qui lui donne l'envie de se faire retirer un organe sain?) et la vision que je dirai "libertarienne" (Si c'est ce qu'elle veut au plus profond d'elle-même, c'est sa liberté individuelle et personnelle de se faire retirer la jambe si elle le souhaite). Honnêtement, j'ai pas la réponse sur laquelle des visions est la meilleure. Même si philosophiquement, je pencherai pour la vision libertarienne, le fait de laisser une personne se faire retirer la jambe sans s'assurer de régler un éventuel problème psychiatrique à la base me semble assez discutable. Et cet exemple pour moi s'applique aussi à la transidentité. Et la notion de trouble mental n'a rien de péjoratif et ne devrait jamais être vu comme tel.

A mon sens, la racine du problème n'est pas le fait de définir les personnes d'après les organes génitaux à la naissance (sauf peut-être dans le cas des intersexes). La vraie racine du problème vient pour moi, des rôles genrés masculins féminins et des codes sociaux qui vont avec. La vraie racine du problème c'est aussi l'essentialisme constant de la femme et de l'homme (ex: les femmes sont douces, les hommes sont protecteurs). Conclusion : le vrai problème est d'ordre sociologique. Honnêtement, je pense que si on bannissait tous les codes genrés (et non ça veut pas dire bannir le genre), beaucoup de personnes ne se sentiraient pas si mal avec leur "statut" de femme ou d'homme. Dans le fond, la dysphorie c'est pas uniquement un inconfort physique mais aussi parce qu'on se sent trop en décalage avec les codes genrés associés à notre genre initial. Et c'est là, le nœud du problème.

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