Vivre malgré sa dysphorie

Astuces, questionnements et conseils pour passer au masculin sans aide médicale
Apeiron
Pierre moussue
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Re: Vivre malgré sa dysphorie

Message par Apeiron » 30 oct. 2020 19:42

Jo44 a écrit :
14 oct. 2020 01:11
Apeiron a écrit :
28 sept. 2020 22:52
Salut,

Je peux comprendre ce que tu ressens car je n'ai jamais été dans l'évidence de certains FtMs "Je suis un mec donc je fais tout pour en devenir un", j'ai au contraire eu des hésitations et des revirements, des doutes, des tentatives d'accepter mon sexe biologique (et l'identité sociale F qui s'y rattachait) comme toi...mais impossible.

Paradoxalement, le ressenti d'un moi profond comme étant garçon est aussi originel que l'évidence d'être de sexe biologique féminin donc j'ai fini par faire une transition complète.

En fait je me suis lancé dans une transition à 17 ans mais j'ai tout stoppé à 20 pour voir si je pouvais m'accepter dans une identité F mais sans chercher à correspondre aux codes féminins pour finalement tout reprendre à 22 et aller au bout d'une transition FtM en moins d'un an (rendre les choses biologiquement irréversible du point de vue génitale - hysté totale - et changer complètement d'état civil, j'avais déjà fait l'opé du torse à 18).

J'en ai 31 et je ne suis toujours pas apaisé malgré plus de dix ans de vie sous une identité masculine (j'ai des moments très réguliers de mal-être à cause du fait d'être trans, le sentiment de ne ressembler ni à un homme ni à une femme, de n'avoir de place nulle part voire d'être dérangeant pour les gens...) mais pour répondre au titre de ton topic, aller au bout d'une transition (dans la mesure où mon identité officielle est masculine) m'a permis de vivre un peu plus apaisé avec la dysphorie, enfin de vivre tout simplement mais assez torturé quand même.

Bref, il n'y a pas vraiment de solution miracle mais chez certains c'est quand même beaucoup plus apaisé que chez d'autre, chaque parcours de transition et de vie étant différent. Et puis, on ne va pas se mentir, il y a aussi la prédisposition biologique qui joue beaucoup : certains passent beaucoup plus facilement dans leur genre souhaité que d'autres pour qui le déterminisme biologique demeure même post-transition.
Mais ici nous avons pour point commun de ne pouvoir justement pas nous accepter avec notre identité féminine et d'avoir tranché pour une transition donc difficile de t'aider dans une voie nous paraissant impossible.
Tu me renvoie à certaines de mes craintes. Le fait de ne jamais pouvoir être un homme cis-genre. Bizarrement, j'ai énormément de jalousie envers eux, ils ont tout eu dès la naissance et tout est facile pour eux. Je ne serais jamais considéré comme un "vrai" homme, comme beaucoup aiment le dire. Et ça me saoule. Combien de personne parlent des trans comme de "femmes qui veulent devenir des hommes", il y a toujours cette notion du sexe d'origine et cette notion de volonté qui m'exaspère. Je pense avoir également un visage très féminin, j'aurais jamais un bon passing ...
L'hysté me fait peur aussi, le fait d'être stérile me fait flipper, j'aimerais avoir des enfants plus tard et j'ai pu comprendre que c'était obligatoire pour le changement d'Etat civile :/

En tout cas tu as toute mon admiration pour ton parcours!

Jo
Ce n'est plus obligatoire justement (l'hysté) cela l'était à mon époque (et c'était juste avant que la loi passe).

Je ne sais pas si mon parcours mérite de "l'admiration" alors que c'est objectivement un échec (il y a des périodes où on m'appelle Madame/Mademoiselle une grosse dizaine de fois par jour à plus de 10 ans sous T hein...)

Mais le manque de passing n'est même pas le signe le plus évident de cet échec (même si j'ai souvent creusé la question et le résultat de ma réflexion est celui-ci : je me détesterais moins et ma vie serait moins difficile si on m'appelait à 100% Monsieur et que je pouvais laisser cette inquiétude de passing définitivement aux oubliettes pour me concentrer sur autre chose. Ma charge mentale serait considérablement allégée).
Parce que oui, c'est violent de devoir se confronter une dizaine de fois par jour (voire davantage) à un guichet/une rencontre/un échange si on passera en homme ou en femme et qu'on sera un peu plus détruit dans sa confiance en soi dans le second cas.

Donc pour reprendre ton terme "d'origine toujours présente", moi oui, dans ma vie c'est clairement ça que je ressens au quotidien.

A chaque "Madame/Mademoiselle" (hyper fréquent dans mon cas) c'est comme si la personne en face me disait que j'ai eu tort de transitionner et que c'est ridicule (je sais que parfois ça n'a rien à voir mais je le ressens comme ça).


Le signe le plus évident de l'échec c'est que je sois malheureux, que j'ai honte de ce que je suis. Bon, finalement ça découle aussi de ce manque de passing car si j'étais vraiment intégré, je crois que je pourrais mieux supporter le reste (contraintes médicales, difficultés des relations intimes etc...)

Mais là je suis androgyne tirant vers le féminin, je fais 1m63, j'ai beaucoup de mal à m'accepter et à m'intégrer donc moi j'ai plutôt honte, j'avoue que je ne vois pas comment je pourrais positivement susciter de l'admiration et j'ai d'ailleurs souvent la culpabilité de faire honte à la communauté trans (encore mal acceptée) par l'échec qu'est ma transition à mes yeux et de mon état dépressif persistant, je trouve que je ne suis pas un exemple qu'il serait souhaitable de pointer du doigt, j'aurais peur de faire du tort mais je trouve qu'il est quand même important de m'exprimer ici.

Je survis parce que j'ai des passions et que j'ai réussi à me créer (avec l'aide matérielle d'un membre de ma famille) des conditions de vie somme toute assez confortables.

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Re: Vivre malgré sa dysphorie

Message par Killian5 » 30 oct. 2020 21:29

Apeiron a écrit :
30 oct. 2020 19:42
j'ai d'ailleurs souvent la culpabilité de faire honte à la communauté trans (encore mal acceptée) par l'échec qu'est ma transition à mes yeux et de mon état dépressif persistant, je trouve que je ne suis pas un exemple qu'il serait souhaitable de pointer du doigt, j'aurais peur de faire du tort mais je trouve qu'il est quand même important de m'exprimer ici.
Il est toujours nécessaire de diversifier les récits, autrement dit, parler d'un vécu tabou afin que d'autres qui le vivent se sentent moins seuls et honteux. ça ne peut donc pas faire du tort.

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Re: Vivre malgré sa dysphorie

Message par Apeiron » 30 oct. 2020 21:53

Oui voilà, c'est pour ça que j'en parle ici sous un pseudo. Mais je n'irais pas m'afficher dans une émission TV ou radio pour dire que je suis toujours dépressif malgré mon parcours, que je ne passe pas, que j'ai du mal à m'assumer et à avoir des relations sociales...à mon avis ça ne pourrait que faire du tort parce que le grand public dirait : "ah bah oui, les trans ne seront jamais heureux, la transition est une erreur" déjà que même avec des gens qui apparaissent comme accomplis et équilibrés, certains le disent...

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