Suis pas rassuré...

Astuces, questionnements et conseils pour passer au masculin sans aide médicale
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limonadecandy
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Suis pas rassuré...

Message par limonadecandy » 01 avr. 2022 17:21

Le message qui va suivre sera affreusement bordélique, je tiens vraiment à m’en excuser.

En 2018, j’ai connu on premier coeur brisé, avec ce mec, un mètre quatre-vingt-six, blond, yeux bleus, absolument brillant. Les six mois qui ont suivi ont été une énorme remise en question. Je me suis rapidement rendu compte que plus qu’un coeur brisé, j’étais affreusement jaloux de ce type, car il avait tout ce que je rêvais d’avoir. Après cet épisode, j’ai commencé, uniquement sur les Internets anglophones, à me genrer au neutre. C’est vers 2019 que j’ai trouvé ce qui n’était initialement qu’un nom de plume, Louison.

La féminité n’a jamais été mon fort. J’ai toujours eu une voix assez grave, même enfant, ce qui dénote avec mon physique de lutin, une poitrine comparable à des œufs sur le plat, et des épaules de rugbyman que mes amies transféminines adorent, car elles les rassurent sur les leurs ( :rainbow: ). On rajoute à cela des intérêts pour des sujets largement investis par des hommes, comme l’histoire du rock et le cyclisme, et une incapacité à devenir pote avec des femmes cis qui ne s’est étrangement dissipée qu’en acceptant ma fluidité de genre.

Je n’arrive pas trop à savoir si je suis dysphorique. Etant neuroatyique, mettre des mots sur ce que je ressens n’a jamais été mon fort (en atteste le « coeur brisé » qui n’était en fait qu’une jalousie maladive). Je n’ai jamais été satisfait de mon physique, ce qui est hélas commun à la plupart des femmes cis. Pas assez grande, pas assez bien formée, un nez de bulldog. J’imagine que la dysphorie doit être ce que je ressens lorsque je remarque que je perds mes cheveux par poignées, que je prends du poids sans raison, que ma moustache pousse sans explication (j’ai enfin pris mon courage à deux mains pour consulter un médecin, mais vu mon passif familial, ça sent les problèmes de thyroïde)… Malgré tout je n’arrive pas à me résoudre à prendre rendez-vous pour une épilation définitive, toujours sous le prétexte de « Je le regretterai un jour ». De même pour l’achat d’un binder, ou de vêtements d’homme, déjà ces derniers m’ennuient à mourir, et je suis même pas sur que mon allure me conviendrait pour autant avec.

Je suis bisexuel.le avec une grosse préférence pour les hommes, ce qui me donne souvent un sentiment d’illégitimité dans les milieux queer dans lesquels j’évolue. Souvent, je me surprends à penser que je ne suis pas non-binaire non plus, et que tout ceci est un moyen pour moi de continuer à traîner avec ces gens-là. Mais l’idée de relationner sur le long terme avec des mecs hétéros me donne la gerbe, d’ailleurs lorsque j’étais ado, ce n’était pas rare que je m’enferme des jours durant dans ma chambre après que l’un d’eux de drague.

Récemment, j’ai emménagé dans mon propre appart. Je ne porte plus de jupes, de vêtements roses, et j’ai radicalement coupé mes cheveux. Physiquement, je me sens moins mal à l’aise que lorsque je m’habillais de manière féminine. L’authenticité est présente. Malgré cette allure androgyne, personne en dehors de mes amis queer ne savent ou ne se doutent de quoi que ce soit. Ils m’appellent encore par mon deadname. Mon père a su récemment que mes collègues de travail me nommaient Louison, mais je lui ai vendu ça comme un surnom. Je repousse la deadline, indéfiniment mais… En attendant quoi ? Car dans un coin de ma tête, il y a toujours cette possibilité que je sois un mec, et qu’un jour, je tente une transition. Et là encore, on en revient au même problème que pour l’épilation : « Je le regretterai un jour ». Dans le milieu militaire d’où je viens, le genre est le tabou ultime. Si je venais à cesser mon parcours de transition, j’aurais juste fait perdre du temps à tout le monde, et gaspillé ma précieuse énergie pour rien.

L’actuelle recrudescence de transphobie dans les milieux féministes, desquels je reste proche par le biais de mon asso et de mes ami.e.s de fac, n’aide absolument pas. Quand je vois des célèbres influenceuses féministes partager des textes qui appellent clairement au meurtre des hommes parce qu’ils sont défaillants, quand je vois des nanas qui se disent « lesbiennes politiques » sortir avec des mecs trans sans comprendre à quel point c’est biphobe et transphobe, quand je vois que la faible représentation des mecs trans dans les médias français se limite à des citadins issus de milieux bourgeois et très éduqués, sans parler de la déconnexion totale de nos institutions sur le sujet, j’ai l’impression que c’est pas pour moi. J’ai pas envie de me battre contre ça. Tout ce que je veux, c’est de me lever un matin, et d’être devenu un grand blond d’un mètre quatre-vingt-cinq, avec un métier stable, et qui peut gérer qui il veut en claquant des doigts. Et de ne plus avoir à me soucier de toute cette hostilité, toute cette incertitude, tous ces questionnements, ces jugements de valeur.

Je vous remercie de m'avoir lu. Je n'attends pas de réponse type "tu es certainement trans", vu c'est quelque chose de très personnel. J'ai surtout besoin de partager mes inquiétudes auprès de gens qui comprennent, qui sont passés par là. Dans mon entourage, il n'y a pas un seul mec trans qui a entièrement transitionné et vit sa vie en tant que mec, ce qui ne doit pas m'aider à me projeter non plus.

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Re: Suis pas rassuré...

Message par Miro » 01 avr. 2022 18:43

Je ne suis pas le mieux placé pour te répondre vu que je ne vis pas entièrement ma vie en tant qu'homme, comme tes ami(e)s, mais au moins je peux te dire que tes questionnements sont complètement normaux. Je vois mal, étant données les différentes pressions (sociétales, familiales), comment on peut se dire "je suis trans" sans se dire en même temps "mais n'importe quoi" :lol:

L'identité, quelle qu'elle soit, n'est pas un long fleuve tranquille... la sexualité non plus, d'ailleurs.
Heureux les neurotypiques/hétéronormés/cisgenres... enfin, non, même pas d'ailleurs. Ils arrivent à trouver multitudes de problèmes aussi!
Dans la vie, il n'y a pas de justice, sauf qu'on doit apprendre à dire merci pour les souffrances endurées.
- Annemarie Schwarzenbach.

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Re: Suis pas rassuré...

Message par Dag » 01 avr. 2022 20:12

Bienvenue sur le forum.

En effet, personne ne peut dire à ta place si tu es trans ou pas.

Tu trouveras sur le forum, des personnes avec des expériences très différentes avec des parcours de transition divers (voire ne transitionnant pas) pour échanger.

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Re: Suis pas rassuré...

Message par Draz » 16 juil. 2022 13:31

Salut,

Ton post date un peu, je sais pas si tu me liras du coup. Comment dire.... j’ai l’impression de me lire. Jusqu’à ton idéal masculin ! Je rêve aussi de devenir ce grand mec blond, qui se débrouille par lui même, qui sait où il va, qui oserait ce qu’il est. En attendant, je suis un petit brun avec des épaules fortes, pas bien foutu, qui perd ses cheveux, neuro atypique et dans tous les cas marginal.
J’ai été jaloux de mon premier copain, qui me battait à la course, qui était à la place que je voulais occuper. Je restais avec lui sans comprendre ce malaise, en me demandant pourquoi j’étais si tristement admiratif de ses performances, de ses possibilités sociales, de son aisance, comme si je regardais un paradis perdu, quelque chose que j’aurais connu dans une autre vie, en rêve et que je ne pourrais plus jamais retrouver.

Comme toi, parfois je me demande si je suis pas simplement dans un mensonge vis à vis de moi même à force d’être remis en question par l’entourage, la société de manière générale. Mais, les jours où je me sens le plus virils sont généralement les meilleurs jours, ceux où je le sens libre de mouvement, d’émotions, où je crois en l’avenir et dans ces moments, les doutes fondent: Pu****, je suis bien un mec. J’ai compris que la peur de transitionner n’est pas due à ce doute pour autant, je veux dire que ce n’est pas moi qui doute, c’est le monde qui doute de moi. Ce doute ne m’appartient pas en réalité. Il est le simple fruit d’une peur d’être mal perçu, de ne pas être conforme, d’être rejeté, et c’est une peur très ancienne, très ancrée qui me bétonne les chevilles. Car je suis déjà marginal, en dehors de mon corps, alors quelque part, j’ai peur de sceller cet écart avec le monde en devenant un homme pas comme les autres.

Donc, ouais j’aimerais claquer des doigts !! 🤣
Pour ne pas avoir peur de regretter quoi que ce soit, de ne pas être satisfait de mon apparence (parce que Ouais, je perds déjà mes cheveux, et j’ai une toute petite tête de lutin, un nez aquilin et des épaules de boxeur ! alors avec la testo je te dis pas), de ne pas assumer la pression sociale qu’on met sur les mecs, d’être rejeté par une famille qui fait mine de ne pas m’entendre parler au masculin depuis 15 ans et qui ne sait même pas que les trans existent, ou encore, peur de ne jamais prendre d’hormone, car parfois je me dis que la mammo me suffirait avec un état civil masculin, et d’être incapable de m’accepter en tant que trans libre dans un corps polarisé féminin. J’en passe... la liste est longue.

Je sais pourtant que je suis malheureux comme ça, que je serai malheureux de ne rien tenter, de rester sur le banc de touche de mon match intérieur, je sais qu’il faudra que j’ose quelque part, que ce soit par la transition sociale, physique, familiale, je sais que ce problème de transidentité que je n’assume pas n’est pas le cœur de mon problème, il n’en est que le révélateur. Mon réel problème c’est d’être incapable de vivre selon mes lois, par moi, pour moi. Le doute est tellement généralisé au dedans que je ne sais pas trancher. Mais une part de ma personnalité en dormance me dit pourtant: il faut savoir trancher, c’est l’action qui rend heureux en élaguant le superflu. Quand tu tranches, tu perds quelque chose, mais tu gagnes quelque chose de hautement plus précieux par ailleurs. Alors je ne dis pas que trancher c’est sauter le pas de la transition, trancher c’est juste faire des choix, les tiens, peu importe où, du moment que tu sens dans tes tripes que c’est par là que tu dois aller. Même si ça fait peur.

Bref, ce post était très bordélique, bien plus que le tiens !
Faut dire qu’à force de remuer cette pâte tous les ingrédients se sont mélangés dans ma tête.
Je te souhaite de la force et du courage pour aller au plus près de ce que tu es à l’intérieur, avec ou sans transition, avec ou sans toutes les réponses dont tu aurais besoin.
On avance à l’aveugle, et c’est dans le hasard d’un angle mort qu’on tombe un jour sur « soi ».

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