Et si je faisais semblant?

Relations sociales, acceptation, coming-out...
Répondre
BananaSplit47
Gravier
Gravier
Messages : 1
Enregistré le : 29 sept. 2020 08:36
Localisation : Belgique
Situation : En questionnement
Pronoms : iel

Et si je faisais semblant?

Message par BananaSplit47 » 29 sept. 2020 09:58

Hello tout le monde,

Si je vous écrit aujourd’hui, c’est pour vous faire part de mes interrogations et de mes doutes; j’imagine que le sujet a dû être abordé à plusieurs reprises.

Je vous expose ma situation: j’ai 21 ans et j’ai reçu ma première injection (une demi ampoule) la semaine passée. Je suis out à tout mon entourage et j’ai énormément de chance d’avoir une famille, des amis, un entourage aimant et compréhensif chez qui mon second co (le premier co étant un co lesbien) a été largement accepté.

Cependant... je doute. Enfant, j’ai été couvé plus que je n’aurais dû l’être, j’ai toujours été enveloppé dans une sorte de « carapace » protectrice. J’ai, effectivement, toujours senti une différence entre les autres et moi. Pourquoi arrivent-ils à vivre « normalement » alors que moi je ne sais pas m’intégrer au sein d’un groupe? J’ai toujours largement préféré les jouets et les vêtements dits « de garçon » mais sans pour autant être un garçon manqué à proprement parler et je me sens toujours comme détaché de la situation, comme si je vivais les choses de l’extérieur, je n’ai pas l’impression de vivre dans le même univers que la plupart des gens. Ça me pose un réel problème dans mon quotidien: études, job étudiant, relations... ça provoque assez souvent de l’anxiété, davantage d’introspection et de timidité. Mais le fait de me dire « fille » ou « femme », de me considérer comme tel m’a toujours posé problème. Je ne me suis jamais identifié de la sorte et mes modèles ont toujours été masculins: dans une situation sociale, dans une relation d’une quelconque nature, être perçu comme « fille » ne m’a jamais convenu. Aux alentours de 16 ans, mon physique « féminin » (hanches, cuisses...) a commencé à me poser problème, j’ai alors décidé de perdre du poids (j’avais tout de même quelques kilos de trop pour mon âge à l’époque) dans le but de retrouver une silhouette « rectiligne ». Évidemment, ça n’a pas fonctionné: j’ai perdu mes kilos de trop, mais mon corps était toujours féminin. Quelques mois plus tard, j’ai rencontré mon premier copain (un homme trans, mais à l’époque était considéré comme lesbienne), avec qui j’ai commencé à réellement prendre conscience que les garçons ne m’intéressaient pas. Malgré l’apparence masculine de cette personne, je sentais que quelque chose n’allait pas; je ne me sentais pas « fille ». S’en sont ensuite suivies des années de complexe sur les parties de mon corps « féminines », de coupes de cheveux... foireuses, de style vestimentaire douteux et une certaine volonté de m’identifier lesbienne partout, tout le temps, à tout le monde. De comportements un peu « exagérés », comme si j’avais quelque chose à me prouver. Mais le terme en lui-même m’a toujours semblé étranger, ce n’est pas moi.

J’ai appris il y a deux ans que la testostérone jouait un rôle dans la réparation des graisses et que le complexe dont je souffre porte un nom « dysphorie de genre ». J’avais envisagé une transition, mais j’ai rapidement laissé tomber en me disant que c’était « fou ». Peu de temps après, j’ai appris qu’une connaissance avec qui j’ai été proche (cité plus haut) entamait une transition. Ça m’a fait énormément d’effet: pourquoi les autres peuvent le faire et pas moi? Ça avait du sens. L’idée a fait son chemin jusque maintenant. Dans un premier temps, je me sentais apaisé, je lisais énormément sur le sujet, je regardais des vidéos, suivais des comptes Instagram et m’identifiais à ces personnes: tout s’éclairicissait. J’avais enfin trouvé le pourquoi je me sens décalé depuis autant d’années!

Il faut savoir qu’ici, en Belgique, le certificat de dysphorie de genre n’est plus obligatoire. Lorsque j’ai entamé mes démarches, j’ai d’abord rencontré une psychologue qui m’a mise en relation avec l’une de ses patientes trans; nous nous sommes rencontrés et là encore, même si la personne en face de moi transitionne dans le sens opposé au mien, une lumière s’est allumée. Le temps passe et voici le moment du premier rendez-vous chez l’endocrinologue: il ne demande pas de certificat et m’a assuré que si j’avais d’emblée apporté un bilan complet récent, on aurait pu commencer. Premier doute: l’accès au traitement est beaucoup trop aisé; ça ne m’inspire pas confiance. Mais n’est-ce pas une bonne nouvelle pour quelqu’un réellement dans le besoin? J’ai continué mes démarches pour en arriver au point où j’en suis aujourd’hui: début d’hormonothérapie et première rencontre avec un chirurgien. J’ai l’impression de faire semblant dans tout ce que j’ai fait pour en arriver à avoir reçu une injection. Ce que j’ai dit aux différents médecins, qui ne se sont pas posés de questions (si ce n’est l’endocrinologue qui m’a fait part de ses doutes à la toute première consultation).

Ma tête est assaillie de doutes: et si j’étais autiste sans diagnostic (d’ou les difficultés relationnelles et cette sensation d’être ailleurs en permanence)? Et si je n’étais pas en dépression et que la transition serait un prétexte pour y échapper? Ne suis-je tout simplement pas lesbienne avec d’énormes problèmes d’estime de moi, de haine envers moi-même et n’ai-je pas besoin d’une thérapie, d’antidépresseurs et non pas d’une hormonothérapie? Qu’est-ce que je suis en train de faire? La transition n’arrangera pas mes problèmes déjà présents.

Je viens de commencer, rien ne m’empêche de faire machine arrière. J’ai peur, je ne sais pas où j’en suis ni ce que je fais, mais quelque part j’en ai envie. Je suis dans une période où je ne m’identifie plus à rien, mes humeurs et états d’esprits fluctuent constamment. Je ne sais pas où donner de la tête. Je me suis réveillé ce matin en me disant « Mais qu’est-ce que tu fous?! »...

Physiquement, je mesure 1m53. C’est très petit pour un homme et ça ne ferait qu’attiser davantage les regards sur moi. C’est un paramètre à prendre en compte...

Merci de m’avoir lu jusqu’au bout, j’espère avoir des retours et vos points de vue sur mon problème! :-)

Max804
Pierre moussue
Pierre moussue
Messages : 745
Enregistré le : 22 sept. 2018 16:36
Situation : Trans
Pronoms : il
Hormoné : Oui
Chirurgie du torse : Oui

Re: Et si je faisais semblant?

Message par Max804 » 29 sept. 2020 20:04

Tes doutes sont certainement "prise de tête" mais ne me paraissent pas surprenant. Douter est tout à fait normal. En plus tu viens de passer un cap avec le début des hormones, ce n'est pas rien. Tu as vu un chir. Tu as l'impression que c'est "trop facile"...
Tout ça peut générer des doutes, appréhension, envie d'arrêter puisque c'est encore possible ou etc.
Au début de ma prise d'hormone j'ai eu 15 jours où je me demandais ce que je foutais tout le temps.
Puis c'est passé.
Peut être que si tu te recentres sur tes besoins et envies pour maintenant et pour plus tard, cela pourra t'apaiser.
Sachant par ailleurs que tu pourrais avoir besoin d'une hormonotherapie et d'antidepresseur... c'est pas exclusif. Idem concernant un éventuel autisme.
Du coup vois peut être vraiment ce que tu sens avoir besoin pour toi.
Tu as indiqué que tu as envie de prendre la testo. Ça n'est sans doute pas pour rien.
Quant à mettre un mot sur ce que tu es où n'es pas, rien d'obligatoire.
Bon courage pour faire face à ces doutes.

Dag
Gentil Modo
Gentil Modo
Messages : 665
Enregistré le : 30 déc. 2018 18:12
Situation : Trans
Pronoms : il
Suivi psy : Oui
Hormoné : Oui
Chirurgie du torse : Oui
Prénom : Oui
État civil : Oui

Re: Et si je faisais semblant?

Message par Dag » 29 sept. 2020 20:10

Hello,

Déjà, une chose importante à dire est que tu es la seule personne qui peut déterminer si transitionner est bon pour toi. On peut éventuellement t'éclairer de nos expériences diverses, mais nous ne sommes pas toi. Tu poses des questions, mais dans pas mal de cas, tu as l'air d'avoir déjà beaucoup réfléchi. Tu n'as pas l'air de t'être lancé sur un coup de tête. Crois-tu que les éléments que tu mentionnes (par ex dépression) sont de potentielles causes d'une "fausse transidentité" ou des choses qui peuvent aller avec, par exemple résultant de ton inconfort ou juste quelque chose d'indépendant mais avec lequel tu dois vivre ?

Un deuxième point qui me semble important est que douter est parfaitement normal, en particulier quand on franchit des étapes. Commencer un traitement hormonal n'est pas comme prendre un Doliprane, tu as conscience que ça va impacter ta vie et ça te fait réfléchir. Sur le fond, c'est même plutôt sain de se remettre en question.

Un troisième point est que tu sembles douter car personne n'as vraiment remis en cause ton affirmation et qu'on ne t'a pas imposé de suivi ou de contraintes. J'ai tendance à considérer que c'est plutôt positif quand on voit que beaucoup de personnes trans ont du mal à accéder à des traitements ou à des opérations sans devoir avoir des attestations psychiatrique. Par contre, si toi tu ressens le besoin d'un suivi psy, il est logique que tu puisses en avoir un, à tout moment de ta transition.
Tu pourrais chercher quelqu'un susceptible de te suivre de façon pertinente vis-à-vis de tes attentes et peut-être d'autres choses à côté (tu parles d'autisme).

Enfin, pour finir sur note personnelle, afin de résoudre des doutes que j'ai pu avoir à certains moments, j'ai essayé de me projeter dans l'avenir vis-à-vis des changements physiques, sociaux, juridiques... Ça m'a pas mal aidé à confirmer des décisions. J'imagine que ça peut aussi aider à faire l'inverse si le cas se présente.

En tout cas, tu le sais déjà, mais tu peux t'arrêter maintenant ou plus tard, voire faire une pause si ça va trop vite. Tu as fait une inject, c'est en effet complètement réversible.

couss
Pierre moussue
Pierre moussue
Messages : 1644
Enregistré le : 30 mai 2017 22:51
Localisation : sarthe
Situation : Trans
Genre : masculin
Pronoms : il
Suivi psy : Oui
Hormoné : Oui
Chirurgie du torse : Oui
Prénom : Oui
État civil : Oui

Re: Et si je faisais semblant?

Message par couss » 30 sept. 2020 10:57

Alors il est normal d'avoir des doutes même en commençant les hormones, c'est meme plutôt sain et il faut que tu t'écoute. Peut être que ce n'est pas encore le bon moment ou peut être que ce n'est pas le bon chemin.
Quoiqu'il en soit, je trouve ça bien que la transition soit dépsychiatrisée mais parfois à rendre les choses trop rapides et trop faciles, on oublie de dire que le préalable à toute transition c'est d'abord de faire son introspection. De faire le point sur ses difficultés psy, pour être en mesure déjà de savoir si tu peux donner ton consentement éclairé, de faire la différence entre non conforme et trans, et aussi car une transition t'amène à devoir affronter tous les autres problèmes. En effet si tu as des difficultés sociales, il est necessaire d'en avoir conscience car des compétences sociales tu vas en avoir plus que besoin pour tes démarches de transition. Si tu as des trauma et que tu n'as jamais voulu mettre le nez dedans ça peut vite remonter à la surface avec la transition physique. Quitte à rééquilibrer sa vie en transitionant, autant tout rééquilibrer, et c'est là que tout ce que tu n'as pas réglé avant revient. Sauf que là ça veut dire gérer la transition et gérer en plus toutes les merdes qui remontent à la surface. Ça rend les choses très difficiles.
Si tu sens que là tu es assiégé de doutes, fais une pause. Une injection n'aura pas trop de conséquences. Et reprend ces étapes de tri, pour pouvoir être ensuite pleinement disponible pour ta transition ensuite.
Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s'habitueront.
René Char.

Répondre