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par Lunden » 16 juil. 2024 13:18
Après un peu moins d'un an de prise d'hormones, j'ai arrêté. Pour des raisons personnelles, évidemment, et cette appréhension à aller trop loin sur le spectre masculin. Je la maîtrise, cette masculinité, comme j'ai toujours été au grand dam de mes géniteurs un "garçon manqué". Pour ce qui est de la féminité, j'ai compris de loin les codes, j'ai su les utiliser, mais cela m'a beaucoup fatigué du fait de mon profil cognitif neuroatypique. Cela ne m'a pas empêché, pour autant, de me mettre en couple avec un homme cisgenre se catégorisant comme hétérosexuel, et d'être avec lui depuis une décennie. Avec un mariage prochain.
M'enfin, bref.
La prise comme l'arrêt de T n'a accentué aucun trait psychique chez moi : j'ai toujours autant pleuré, j'ai toujours été autant sur les nerfs, j'ai toujours apprécié les mêmes choses et détesté équitablement ce que je ne supportais pas avant traitement médicamenteux sur base hormonale. Comme je suis une force tranquille depuis mon adolescence, c'est probablement ce qui m'a sauvé.
Je n'ai pas non plus perdu d'entrain au niveau énergétique, j'ai toujours la forme, malgré tout. Autant que mon corps en dispose. Cela n'a pas été d'un grand changement pour moi, d'être sous T à 0.5 pendant à peu près un an.
Par contre, cela a joué sur mon poids, d'une part. Et d'autre part sur mes menstruations. J'ai repris environ 10 kg avec l'arrêt de la T, que j'ai du mal à perdre, et je n'avais pas perdu mes formes dites "féminines" plus que je n'ai perdu les caractéristiques masculines de mon visage avec l'arrêt du traitement. Ensuite, au niveau des menstruations, elles sont plus courtes, passant de cinq jours à trois, suite à la prise d'hormones. Moins de douleurs liées au symptôme pré-menstruel.
Pour contrebalancer le fait d'avoir repris du poids, je me suis mis autant que possible au sport. Vélo sur route, vélo d'appartement, musculation, marche d'endurance sur de longs trajets...
Ce point abordé, c'est pour éventuellement discuter de la vision globale concernant le physique et une part du mental.
Pour le reste, ce qui est d'être out, ou de s'assumer pleinement dans la transidentité, ou la non-binarité, je ne peux t'apporter que le reste de mon témoignage à ce sujet.
Au travail, je me présente aussi en tant qu'homme. En résulte le fait que, lorsque je travaille avec certains collègues, j'ai le droit à participer plus ou moins à des réflexions "sexistes" selon le degré d'amitié entre les collègues. Par exemple, je dinais au restaurant avec un collègue et une collègue. La collègue mange bien moins que le collègue, et est jugée "difficile" par son entourage au niveau de l'alimentation, parce qu'elle a un Trouble du Comportement Alimentaire qui dure depuis plus de trente ans. Elle et mon collègue sont très proches, amis depuis une dizaine d'années, et comme elle était indécise durant ce dîner, mon collègue a lancé que c'était "l'apanage des femmes", en me donnant des coups de coudes et en riant. Pas de bol, ma collègue savait pour ma transidentité, j'ai dû lui confier après avoir eu mes menstruations au travail et m'être trouvé taché de sang. C'était un moment un peu gênant, mais où j'ai compris aussi que cette remarque "sexiste" était en retour d'une autre blague faite par ma collègue à mon collègue.
J'ignore dans quel travail tu dois évoluer, et quelles sont les relations entre tes collègues. Mais parfois, une incompréhension de notre part, en tant que FTM, peut venir aussi d'une grille de lecture biaisée par la méconnaissance de l'autre. Cela dépend de ce que tu sais de tes collègues, d'à quel point tu relationnes avec eux. Et d'à quel point tu es réciproque envers l'autre.
Pour en revenir au travail et à la perception que l'on peut avoir de nous, et à la perception que l'on peut renvoyer, j'ai eu l'expérience d'avoir aussi des jeunes filles en supervision. L'une d'elles avait "sa période", et à l'instar de ce que j'ai vécu ainsi que raconté plus tôt, elle a eu une fuite. Elle n'a pas osé me le dire, car je suis un homme, et s'est adressée à une collègue femme (pourtant franche du collier, et pas toujours très agréable...). Cela m'a un peu perturbé, mais bon, j'imagine que c'est logique.
Tu parles de la perception que tes collègues masculins ont de toi, mais tes collègues du côté féminin, comment te perçoivent-elles ?
Quelle est l'image, penses-tu, que tu renvoies ?
Le fait de voir un.e psychiatre ne m'a pas aidé, personnellement. Premièrement, parce que le.a praticien.ne que je voyais ne comprenait rien à la transidentité, elle venait d'un CMP et s'était installée en libéral, après avoir davantage aidé des personnes à traiter des soucis d'ordre toxicologique, de dépression et de délinquance. Elle me genrait toujours au féminin, au moment où je pensais être entre la transmasculinité et la non-binarité : je me suis présenté directement en tant que Lunden Calling (pseudo-prénom et pseudo-nom d'emprunt, je tiens à mon anonymat un minimum...) et j'ai bien montré que je me genrais au masculin tout de même ("je suis content", "me voilà malheureux de...", etc.). Plus j'allais aux rendez-vous, plus les questions tournant autour de la transidentité allaient vers la remise en cause de mes choix. J'ai abandonné le suivi. Une part des questions allaient vers ma famille, avec qui je n'ai plus de contact depuis plus d'un an et demi, parce que j'ai été rejeté par ceux "de mon sang". Autant dire que je ne voulais pas continuer sur cette voie, devoir faire avec des ombres du passé sur lesquelles j'ai décidé de mettre la pleine lumière pour les oublier. En acceptant d'où je venais pour voir vers où j'allais.
Cela a été énormément de travail sur moi-même, dans les faits. Et pas avec un.e psychiatre, ou un.e professionnel.le de santé, qui cherchent à tout prix à médicaliser au plus le parcours des personnes. Trans ou pas. Et finir anesthésier H24 avec des anti-dépresseurs et des anxiolytiques, ce n'est pas ce qui m'est arrivé de plus agréable dans la vie.
Et cela a inquiété mes proches, dans le même temps.
Mais j'ai la chance d'avoir un compagnon qui, malgré l'étiquette de personne cisgenre et hétérosexuelle qu'il renvoie, est quelqu'un qui est très compréhensif et me permet de parler un peu de ce qui me turlupine, sans jugement. Parfois il pose des questions sur mon ressenti, sur ce qu'il peut faire pour m'aider, sur la façon dont j'avance, où je veux aller, si le projet de fonder une famille est toujours un désir prégnant pour moi...
Aussi, j'ai quelques amis, très peu du fait de mon statut cognitif particulier. J'en ai perdu plus pour cette raison que pour la transidentité. Ceux et celles qui sont restés respectent mes choix, je suis out auprès d'eux, parfois ils ne savaient pas que j'étais un homme transgenre. Ils ont appris mon ancinom, aussi, parce que j'ai eu assez confiance en eux. Et parce que j'ai confiance en moi.
Et là , je pense qu'il s'agit de la chose la plus importante pour pleinement vivre l'identité que l'on a pu se choisir, et que l'on souhaite dévoiler au monde entier, et pas seulement à ses proches qui sont safe. Faire en sorte de se faire confiance, autant par la confiance qu'on place en d'autres personnes (compagnon ou compagne, ami.e.s, famille...) qu'en la confiance acquise par l'expérience de notre propre corps et de notre propre identité, avec son incidence dans le monde auquel on participe.
Tu n'auras pas de recette miracle, avec un.e psychiatre. Mais plus un travail que tu pourras faire avec toi-même, sur toi-même, sur la perception des choses au-delà de "ceux-ci" ou "du moi". C'est peut-être un brin philosophique, la façon dont je peux le dérouler et l'appréhender, ici, par réponse à ta publication. En tous cas, tu auras des impacts multifactoriels qui vont te donner de l'élan, te poser des obstacles, te mettre dans des états de doute.
Maintenant, à toi de les écouter, de les laisser prendre le dessus, ou de les surpasser.
C'est à toi de voir, aussi, si tu es entouré de bonnes personnes pour te faire avancer. Est-ce que tu as une compagne ou un compagnon qui puisse te faire poser des mots sur tes sensations ? Tes amitiés sont-elles régulières et perdurent-elles dans le temps pour que tu puisses placer une confiance en ces personnes avec qui tu relationnes ? A quel point ta sociabilité (ou non-sociabilité) te permet de t'affranchir du poids de tes actions et des conséquences ?
Pour ma part, ce sont des questions (et ce n'est qu'un échantillon) qui se sont posées à moi dans mon parcours personnel. Tu n'auras sûrement pas la même base de questions, selon ton vécu.
Mon parcours est le mien, il est différent de beaucoup d'autres parcours. Et personne n'est là pour se comparer. On peut se donner des astuces, on peut se conseiller, on peut s'orienter. Mais pas juger par rapport à sa propre expérience : c'est fausser l'objectivité par des subjectivités faites de bonheurs et du plaisir engendré par ceux-là , et des douleurs avec le lot de blessures qui vont avec.