Transidentité et Asperger

Le suivi psychiatrique/psychologique en détails
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Transidentité et Asperger

Messagepar Mark » 28 Déc 2016 12:30

Statistiquement, il semblerait qu'il y ait parfois des liens entre les deux, en tout cas certaines études en cours vont en ce sens. Là n'est néanmoins pas mon propos. Il serait plus sur un retour d'expérience, la mienne ayant été désastreuse. Le diagnostic "adulte" est de toute manière compliqué, mais j'aurais voulu savoir si certains d'entre vous avaient réussi à se faire diagnostiquer correctement "malgré" votre transidentité et ce avec ou sans CEC.

Je m'explique : j'ai dû mentir pour me faire diagnostiquer par une psychiatre (je ne lui ai pas dit que j'étais trans, j'ai payé la consultation en faisant mine avoir oublié ma carte vitale). Toutes les fois précédentes, je me suis présenté au masculin mais j'ai expliqué que j'étais trans' et on m'a vraiment systématiquement fait le coup de "tout vient de votre transidentité". Gros classique. Tout ça pour ensuite me faire jeter par le Centre Ressource Autisme des environs, qui eux avaient conscience de ma transidentité et n'ont pas pu s'empêcher, même si ce n'est pas le pire CRA de France, de remettre ça sur le tapis à chaque nouveau médecin rencontré, donc ça a été biaisé aussi même s'ils ne sont pas aussi catégoriques.
Un autre élément à prendre en ligne de compte : les différents profils, on n'attend pas les mêmes caractéristiques d'un "homme" et d'une "femme" Asperger. Perso et là je parle bien pour moi et pas pour tous les ftm, je cumule vraiment les caractéristiques d'un profil dit "féminin", avec beaucoup de compensation et une empathie visible (très fatigante à l'usage, mais efficace). Résultat, impossible de me faire diagnostiquer par le CRA alors que la psychiatre que j'avais vue en premier était formelle, habituée aux adultes qui compensent. J'avoue avoir été un peu surpris par leurs méthodes dignes des équipes off, où quand tu ne rentres pas dans les cases ça ne fonctionne pas. J'ai conscience de ne pas rentrer dans les cases, et adulte qui plus est, mais je ne suis pas d'accord avec leur protocole simpliste qui ne met pas en valeur mes difficultés particulières. Je ne sais pas si je suis clair, je ne cherche pas ce diagnostic à tout prix, juste que selon moi, et d'autres passés par là, ça ne prend pas tout en compte, là où par exemple au Canada le diagnostic adulte est bien meilleur. Là, du coup, je me retrouve face à un mur, et c'est très décourageant.

Avez-vous un retour d'expérience là-dessus ? Comment cela s'est-il passé pour vous ? Avez-vous menti concernant votre transidentité ? J'avoue qu'à présent je regrette d'avoir essayé ça si tard, ça serait à refaire, je me ferais diagnostiquer "comme fille" puisque visiblement ils veulent absolument une distinction genrée dans leurs protocoles pourris :mur: Dois-je partir me faire diagnostiquer au Canada pour avoir un avis réellement neutre ? :lol: :mrgreen: :evil:

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Re: Transidentité et Asperger

Messagepar Harrington » 28 Déc 2016 16:00

En fait ma question ce serait "pourquoi veux-tu te faire diagnostiquer par ces équipes CRA qui effectivement n'ont rien à envier à la SOFECT" ?
C'est presque impossible adulte, encore en plus quand on a été sociabilisé en tant que fille (enfin en fait tu résumes tout parfaitement bien donc ce n'est même pas la peine que je ressasse), et bien sûr encore plus en tant que trans...

Pour les "liens" supposés entre transidentité et Asperger, j'ai tendance à penser que puisque grâce à l'austisme, on a plus de recul sur les normes sociales (et qu'une partie de la notion de genre est sociale, au moins - même chez les autistes cisgenres, on peut souvent observer des modes d'expression de genre plus libres), on peut plus facilement prendre conscience qu'on est trans et ensuite, faire une transition sociale ou médicale (parce qu'on a souvent "moins à perdre" socialement, notamment.)

Bref je trouve évidemment ton topic intéressant mais surtout, moi j'aurai tendance à dire que l'importance du diagnostic adulte est négligeable (d'autant plus si tu as quand même pu échanger avec une psychiatre éclairée qui a pu dissiper tes doutes ou t'aider dans tes réflexions.)

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Re: Transidentité et Asperger

Messagepar Mark » 28 Déc 2016 16:17

Pour les liens supposés, c'est exactement ça que j'ai pu lire, oui, je trouve ça intéressant quand même.

Oui, je comprends bien ce que tu veux dire, mais ce qui est ennuyeux est que les psychiatres "libéraux" ont tendance à renvoyer de manière systématique vers les CRA, un peu comme pour les trans' on est renvoyés vers les "spécialistes", tu vois ce que je veux dire ? J'aimerais bien échapper à ça, mais c'est un petit monde et là on m'a systématiquement renvoyé vers eux, tout ça pour un diagnostic que je sais complètement faussé (je n'ai pas compris, leurs tests ne mettent vraiment pas en évidence les trucs, quand on compense un peu ça suffit, on passe pour quelqu'un de très empathique et tout, mon masque, en somme, mais je ne peux pas enlever mon masque, il est permanent). En gros la psy avait appelé direct le CRA et avait fait le lien, l'idée était de confirmer le diagnostic quand même. C'est un petit monde en plus.

Si tu veux à ce stade j'ai avancé dans mes réflexions, j'ai avancé dans la connaissance de mes limites (ça m'a bien aidé de lire), mais je constate que ça a posé de très gros freins dans mon travail (j'ai été viré des conséquences de ça, finalement, pour aller très vite), dans ma vie de tous les jours et j'ai besoin d'un suivi, d'une reconnaissance à ce niveau-là, et là en gros mon psy (qui est certes très très bien par ailleurs) part sur un truc très psychanalytique, quand je sais pertinemment que c'est un poil plus compliqué que ça (bon, je pense que mon père est asperger aussi, ça c'est un autre problème, ça joue). Du coup je me sens coincé :( J'ai atteint les limites de ce que je suis capable de "faire semblant", et je ne sais pas comment faire reconnaître ça, que c'est pas de la mauvaise volonté, que j'ai de vrais problèmes sociaux. Je ne suis pas une feignasse, mais comment dire ? Quand on ne peut pas, on ne peut pas, et il y a des choses qu'à ce jour je ne suis pas capable de faire, qui vont me bloquer. On avait commencé à travailler ça avec l'assistante sociale et d'un coup on me dit "ah mais non, finalement le diagnostic n'est pas confirmé car vous rentrez pas dans nos cases". Sauf que voilà, je progressais et maintenant je retombe.

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Re: Transidentité et Asperger

Messagepar Harrington » 28 Déc 2016 16:37

Si tu progressais avant d'avoir la réponse du CRA, c'est bien la preuve que ton progrès vient de ta propre prise de conscience de tes limites et fonctionnements, pas du fait que des "spécialistes" extérieurs mettent une étiquette dessus.
Effectivement je vois bien par quel mécanisme tu as fini dans les pattes d'un CRA (d'autant qu'ils n'ont pas tous les mêmes réputations, certains sont encore pire que d'autres), ça marche vraiment comme pour la transidentité. Mais de la même manière que tu n'aurais pas laissé une équipe SOFECT te dire "non, vous êtes juste une nana pas à l'aise avec sa féminité" (j'ai un peu la nausée en tapant cette phrase, pardon), je pense que tu vas prendre conscience que tu n'as pas besoin du coup de tampon de ces gens pour faire ton propre travail sur toi.

Ensuite, si je pige bien, toi tu le sais que tu n'es pas une feignasse et que tu as des difficultés qui ne sont pas de ta faute, que tu ne marches pas comme les autres, que des choses "simples" sont plus dures et bloquantes pour toi ; le souci c'est qu'en gros tu espérais qu'une validation extérieure de libèrerait du jugement des autres et que là, tu crains de ne plus être pris au sérieux ? Si j'interprète mal, excuse-moi. Si c'est ça, je te conseillerais d'appliquer la même recette que pour ton identité de genre : on sait tous qu'en tant que trans, on croisera toute notre vie des gens pour qui on ne sera pas "des vrais mecs" (je résume, hein.) Et la seule solution c'est de s'en foutre, hélas, parce qu'il y a des gens qu'on ne convaincra jamais. C'est pareil pour le profil neuropsychologique et ce qui en découle. Il y aura toujours des gens, et même avec un diagnostic, qui estimeront que non non, c'est des conneries tout ça, tu n'es pas Asperger, tu les regardes dans les yeux quand tu parles ! Et que tu t'es trouvé une excuse pour te la couler douce et t'affranchir de telle ou telle responsabilité... C'est inévitable, donc il faut utiliser ce super-pouvoir conféré par l'autisme : le fait qu'au fond "les gens", eh ben on s'en tape un peu (je dis bien "les gens" au sens "la société", vu que par contre au niveau empathie envers tel ou tel individu proche, on est au maximum du maximum. Je précise pour que les âmes sensibles ne pensent pas qu'on est tous des psychopathes sans cœur). C'est à la fois le plus dur à faire et à ce jour la seule solution que j'aie trouvé : être sûr de son "bon droit autistique" et respecter ses limites, ne pas avoir honte de les énoncer clairement, et apprendre à se foutre du jugement.

Ce qui n'empêche pas si tu en as envie d'être suivi par un psy pour t'aider à gérer tout ça - mais par contre oui surtout pas de psychanalyste, grand fléau des neuroatypiques devant l'éternel...

PS : en fait je me rends compte que j'ai peut-être rien pigé. "Progresser" c'est dans le sens aller mieux, mieux te comprendre et tout, ou dans le sens "apprendre à faire plus comme les neurotypiques" (en bref comme diraient les super assos pas merdiques du tout, "vaincre l'autisme" ?)

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Re: Transidentité et Asperger

Messagepar Mark » 30 Déc 2016 02:36

T'as à peu près compris, même si je me rends compte que je ne suis pas très clair. Niveau jugement etc., je suis effectivement déjà au-delà, dans la partie où j'ai réalisé qu'on avait essayé de me marcher dessus et que je n'étais pas d'accord. Que le fait qu'on "reconnaisse" bien plus ce profil au Canada par rapport à la France n'est pas une question géographique mais bien lié au fait qu'en France on est super à la masse sur le sujet. J'ai avancé dans ma connaissance de moi-même en lisant des livres et des témoignages, je sais que je ne suis pas à côté de la plaque. Disons qu'à force j'ai assez de recul pour voir qu'ils fonctionnent effectivement comme une équipe, et puis on m'avait déjà prévenu. Je sais pas, j'ai cru que ça allait être différent parce que c'est mon psy (un mec bien qui veut m'aider pour de vrai) qui m'a finalement également mené là et qu'il avait l'air convaincu de son truc. Et ça fonctionne plutôt avec lui, ce qui est rare, mais je me rends compte que là-dessus il est à côté de la plaque et c'est chaud :/. J'ai fait des progrès avec lui mais du coup je suis un peu paumé.

En fait non, je n'ai jamais estimé avoir besoin d'un coup de tampon avant de rencontrer l'assistante sociale et de me rendre compte que je pouvais avoir un soutien concret. Là je ne parle même pas financier (je pensais pas particulièrement demander l'AAH, je suis au chômage, j'espère pouvoir me réinsérer mais d'une manière différente maintenant que je vois les limites), mais le genre travailler avec le centre social local etc., qui est formé à ces questions, sur des trucs administratifs etc. J'ai ce genre de problèmes de base au quotidien, je me fais même des rappels pour manger, je suis crevé arrivé à 30 ans d'avoir ce fonctionnement, et ma manière de compenser non stop me fatigue aussi énormément. Et en fait du coup comme ces couillons sont pas foutus de constater tout cela parce que je communique bien en un face à un (normal, je bosse ça depuis plus de 25 ans les connards, normal que je fasse illusion avec mon "éducation de meuf"), ben finalement je ne vois plus l'assistante sociale et j'en reviens à ma solitude de base. Et ça je ne le vis pas bien. Je me suis senti vraiment désemparé et j'osais même pas l'exprimer, en mode "non mais ils ont peut-être raison, qui sait ?" et autres "ça va pas t'aider".
Sauf qu'à force non je sais que comme tu dis c'est du fonctionnement en équipe, j'ai bien constaté que depuis que j'ai pris conscience de ça j'ai vraiment progressé concrètement, même avec les gens, et dans ma manière de me préserver, chose que je ne faisais pas assez avant car je n'arrivais pas à identifier les causes. C'est pas que j'ai envie de déléguer des trucs, d'être accompagné tout le temps, mais ça allait me faire une béquille et là on me l'enlève d'un coup alors qu'on me l'avait promise après le premier diagnostic de la première psy censée que j'avais vue. Mon psy veut que je rencontre son collègue pour mes problèmes d'attention, ça pourquoi pas, mais c'est plus global que ça, je lui ai dit et lui s'entête à me sortir que mes parents m'ont pas appris les codes. Ce qui est vrai, mais ça n'aurait été que de la compensation plus tôt dans mon parcours, point barre. J'ai essayé de lui expliquer mais c'est compliqué, je passe juste pour le type borné dans un auto-diagnostic face à une équipe de spécialistes qui sait de quoi il parle, alors que pour moi clairement pas, pas pour les adultes en tout cas. Ca reste cordial car j'ai pas affaire à un con, il est totalement convaincu de son truc. Si on avançait pas aussi bien sur le reste et s'il n'était pas aussi bienveillant je le laisserais tomber sans remord, mais j'ai quand même avancé avec lui ; j'ai globalement confiance en lui, ce qui est une sorte de miracle vu mon rapport à la médecine. Sauf que du coup j'ai l'impression que je ne vais pas pouvoir compter sur lui sur cet aspect et ça me rend confus.

En gros, ça serait pas "vaincre l'autisme" car ce genre de pensée me fait gerber aussi. De la même manière que je suis bien content d'être trans finalement, je me fous d'être catégorisé autiste, j'ai toujours été en marge, que ça soit un truc ou un autre, je m'en fous, la marge j'y suis déjà et ça a forgé qui je suis (je sais maintenant que c'est notamment parce que je suis neuroatypique). J'ai pas besoin de clamer au monde entier que je suis dans cette marge mais c'est un fait donc je ne vais pas chercher à "devenir neurotypique". Déjà parce que c'est impossible, c'est un peu ce que j'ai fait dans les épisodes précédents sans le savoir et bien entendu ça n'a pas marché. Ca serait plutôt faire semblant de manière moins fatigante, quand c'est nécessaire, pour que je puisse avancer au quotidien, ça serait aussi trouver un moyen d'être aidé quand je ne peux vraiment plus, pour pas me retrouver avec un an de retard (voire plus si on prend un truc comme ma carte vitale que j'ai mis six ans à refaire) sur de la paperasserie parce que c'était trop difficile, ce genre de trucs. Je suis juste deg' là.


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