Libération : Un transgenre dans "Plus belle la vie"

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Sergei
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Libération : Un transgenre dans "Plus belle la vie"

Messagepar Sergei » 13 Avr 2018 21:13

Libération a écrit :«Plus belle la vie» s’attelle au tabou de la transidentité

Les prochains épisodes de la série mettent en scène un adolescent né dans un corps féminin. Fait rare dans la fiction française, le casting inclut un homme transgenre.

Elle a été parmi les premières séries françaises à mettre en scène un mariage gay, quelques jours seulement après le passage de la loi Taubira, en mai 2013. S’est aussi frottée, pêle-mêle, et avec plus ou moins de tact, au VIH, aux plans à trois sous poppers, à la consommation de cannabis (avec une scène de roulage de joints qui lui a valu de se faire taper sur les doigts par le Conseil supérieur de l’audiovisuel), puis à la parentalité adolescente, aux galères des familles recomposées… Cette fois, le soap-opéra Plus belle la vie se lance un sacré défi en tricotant une intrigue de cinq semaines autour de la transidentité.

Epineuse question, que TF1 avait tentée, assez maladroitement, de défricher en mars 2017 avec la série Louis(e). Pour la première fois, une chaîne française mettait en scène une héroïne transgenre… Campée par une actrice (Claire Nebout) qui ne l’était pas. Mais le symbole était là : la transidentité entamait une timide percée sur les écrans français. «Cela fait deux ou trois ans que France 3 cherchait à aborder ce sujet», déroule Sébastien Charbit, producteur de Plus belle la vie, qui squatte inlassablement France 3 chaque soir de semaine depuis quatorze ans. «On est toujours en veille de ce qui se raconte dans la société, assure le producteur. Et ce sujet me semble beaucoup plus actuel que le mari qui trompe sa femme.» «Je pense qu’on va tous avoir à un moment ou à un autre dans notre entourage un ami dont l’enfant ne se sentira pas né dans le bon corps», renchérit la scénariste Mélusine Raynaud. En effet, selon un rapport du Conseil de l’Europe daté de 2015, «au moins 1 enfant sur 500 a une identité de genre qui diffère du sexe d’assignation, sans compter les enfants dont seuls les comportements s’écartent des normes de genre».

C’est à travers le questionnement de l’un des jeunes personnages que la série met en scène, dans les épisodes diffusés dès la semaine prochaine, ce que les médecins appellent la «dysphorie de genre».

«Sexe social»
Clara Bommel (Enola Righi), 15 ans, vit dans l’ombre de son turbulent frère aîné. Discrète, bonne élève, passionnée de handball et éternellement vêtue de sweats informes, la jeune fille se révèle tourmentée, en souffrance. Sa famille découvre qu’elle se scarifie. A l’origine de son mal-être : la certitude de ne pas être née dans le bon corps. Une douleur que la jeune fille a gardée secrète depuis de longs mois et qu’elle finit - difficilement - par expliquer à ses proches en ces termes : «Je reste jour après jour prisonnière d’un corps qui n’est pas le mien. Et quand je pense à l’avenir, je sais que je ne peux pas devenir cette femme que vous attendez, ni même une femme tout court.» Clara voudrait qu’on l’appelle Antoine et qu’on la désigne au masculin. Onde de choc.

«On a voulu mettre en scène une kyrielle de regards sur cette question, à travers sa famille et son entourage, avec le moins de fantasmes, de clichés et de projections possibles, détaille Mélusine Raynaud. Avec, en toile de fond, cette question : l’amour de nos proches est-il inconditionnel ?» De manière certes un brin artificielle, est ainsi mis au jour un panel des réactions auxquelles les personnes transgenres peuvent se trouver confrontées. La transphobie haineuse des camarades de classe, par exemple, auteurs de messages tels que «suicide-toi, sale pédé», «sale monstre», ou encore «travelo». La compréhension, à travers le regard de la belle-mère (la mère ayant quitté le domicile depuis longtemps), troublée mais à l’écoute, pionnière dans l’adoption du nouveau prénom de l’enfant de son conjoint. L’incompréhension du monde éducatif : comment réagir ? «Elle restera Clara tant que son état civil n’aura pas changé», balance son enseignant d’histoire. En salle des profs est alors évoqué le guide, réel, édité sur le sujet par le ministère de l’Education en décembre 2015 et intitulé : «Comprendre pour agir», histoire de fournir des outils aux téléspectateurs.

Tout ça n’est pas très subtil mais il n’empêche : le feuilleton fait preuve d’une pédagogie pour le moins utile. Le père de l’ado, largué, enchaîne amalgames et stéréotypes de genre, renvoyant son enfant à ses chromosomes, à son apparence physique, affolé qu’il ne devienne irrémédiablement stérile à cause des traitements hormonaux (ce qui n’est pas systématique)… «Je ne suis pas sûr d’avoir bien saisi : tu préfères les filles ?» demande-t-il, persuadé d’être face à une crise d’adolescence passagère. Il poursuit : «A part au sport, tu ne t’es jamais comportée comme un garçon ?» Réponse d’Antoine: «Ça veut dire quoi, se comporter comme un garçon ? Faire comme mon frère ?» En l’occurrence, son frère est celui qui gère l’intégralité des tâches ménagères de la petite famille recomposée. Et d’expliquer fort justement au daron, paumé mais attentif, la différence entre sexe et genre : «On peut avoir un autre genre que le sexe qui nous a été assigné à la naissance. Je te parle du sexe social.» Idem quand le père de famille explique la situation au proviseur du lycée, qui évoque la «transsexualité», terme autrefois utilisé mais renvoyant à une maladie mentale, auquel se substitue aujourd’hui celui de «transgenre». Ce que le parent d’élève lui signale.

«Passe ce casting !»
Là où la série de TF1 avait, malgré elle, sombré dans certains écueils (féminité surjouée, clichés…), l’équipe du feuilleton de France 3 semble avoir suffisamment potassé le dossier pour éviter la gamelle. La production (Telfrance Série), les scénaristes, les auteurs comme les acteurs se sont documentés, ont arpenté les forums, ont pris conseil auprès d’associations. Marc Roux, chargé des dialogues : «On ne pouvait pas se lancer sur un tel sujet sans être précis.» Surtout, Plus belle la vie a fait appel à un acteur transgenre, Jonas Ben Ahmed, pour incarner Dimitri, responsable d’une association locale vers qui le jeune Antoine va se tourner pour se renseigner. Du jamais vu en France.

Quand on rencontre tout ce beau monde dans les locaux parisiens de la boîte de production, à l’évidence, ils ont déjà longuement et souvent débattu. «Quand j’ai vu circuler l’annonce pour le casting dans un groupe Facebook privé, je me souviens avoir été heurté par certains termes, dit l’acteur de 26 ans, en costard noir et chemise blanche col Mao. Il y était notamment question d’un acteur ayant "fini sa transformation", ce qui ne se dit absolument pas, et ne veut rien dire de toute façon…»

A l’époque, le jeune homme, employé d’une station-service dans le Rhône, est en arrêt maladie depuis plusieurs mois à cause des opérations chirurgicales qu’il a subies. «Les termes maladroits de l’annonce m’ont agacé… Et puis je me suis dit: "Passe ce casting et va informer les gens au lieu de râler dans ton coin !" D’autant qu’être acteur, c’est un rêve de gosse.» Las de voir la transidentité caricaturée ou transformée en tire-larmes, Jonas Ben Ahmed voit dans cette opportunité un moyen de lutter contre la transphobie, en informant les quelque 4,7 millions de téléspectateurs vissés à leur téléviseur chaque soir : «Il y a des gens dans mon cas qui se sentent complètement isolés, peut-être qu’ils pourront s’identifier. J’ai connu des périodes difficiles, mais aujourd’hui je me sens profondément apaisé.» Prêt à s’afficher à l’écran - huit ans après le début de sa transition - et à débuter une carrière qu’il espère ne pas être réduite à ce parcours. Et qu’importe sa mère avec qui les contacts sont quasi inexistants et qui «s’est mis des œillères toute sa vie». Qu’importe le séisme familial qu’a suscité, chez lui aussi, son coming out à 18 ans, jusqu’à lui faire quitter le domicile parental après avoir été soumis à un ultimatum. «Je compte sur mon petit frère qui vit toujours à la maison pour allumer la télé l’air de rien pour que ma mère me voie», glisse-t-il, espiègle.

Ce parcours, il l’a souvent déroulé auprès des équipes du feuilleton et d’Enola Righi, la jeune actrice qui incarne Clara (devenue Antoine). «J’ai l’habitude qu’on me questionne sur ma taille, mon prénom d’avant, mes organes génitaux… Avec elle, c’était différent», constate Jonas Ben Ahmed. «Jusqu’à ce que je le rencontre, je me faisais un peu une montagne de tout ça, dit Enola Righi. Et puis l’aspect humain, nos discussions ont dédramatisé le truc. C’est juste le rôle de quelqu’un qui ne se sent pas bien, et qui va se sentir mieux petit à petit.»

Avec une certaine maturité, la jeune fille, qui a sacrifié sa longue tignasse rousse pour ce qui n’est que son deuxième rôle, conclut : «Il ne s’agit pas juste de transidentité, mais du mal-être, du regard des autres. Et aussi, de faire comprendre qu’après tout, fille ou garçon, c’est une construction sociale.»


Source
Libération (Virginie Ballet), le 2 mars 2018 : http://www.liberation.fr/france/2018/03 ... te_1633482

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Re: Libération : Un transgenre dans "Plus belle la vie"

Messagepar couss » 14 Avr 2018 14:00

Perso j'ai suivi la série récemment pour voir comment ils traitaient le sujet. Je suis pas fan honnêtement, je comprends le besoin de faire évoluer vite la situation a l'écran mais je trouve que le personnage d'Antoine va trop vite avec son père notamment et que la psy raconte n'importe quoi : c'est un effet de mode mais faut être prudent parce que c'est peut-être vrai donc dans le doute vous m'appelez autrement mais avec de la chance ce sera juste une phase. Et le plus dérangeant c'est qu'autant le megenrage est compréhensible chez les proches du jeunes et ça fait parti du scénario, autant le résumé sur le site de PBLV continu d'appeler le personnage Clara et ça pour moi ce n'est pas admissible. Et la psy a un discours très équipes protocolaires, les hormones ça prend du temps, il faut une équipe de médecins, la décision est collégiale, etc. Et puis le personnage de Dimitri est à peine apparut plus d'une minute, c'est pas non plus la visibilité du siècle. Les séries américaines sont plus avancées.
Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s'habitueront.
René Char.


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