Coming out inversé - après la transition

Relations sociales, acceptation, coming-out...
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Simon
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Coming out inversé - après la transition

Messagepar Simon » 10 Déc 2016 14:04

J'avais déja pensé à créer ce topic il y a quelques temps, et ce sont finalement les questions posées par mystère dans son topice "transition et amis" qui me pousse à ouvrir ici.
(Le topic en question : -> http://forum-ftm.fr/viewtopic.php?f=17&t=85 )

Mystère dit notamment ça :

Avec le temps, le questionnement lié au coming out s'inverse. Faut-il ou non parler de sa transidentité aux nouvelles relations qu'on se fait post-transition ? A partir de quand ? Par exemple, j'aurais du mal à nouer des relations d'amitié (au-delà de "simples connaissances") avec quelqu'un qui ne soit pas au courant de ma transidentité, parce que j'ai besoin dans le cadre d'une relation proche de pouvoir parler de mon histoire sans me censurer. Ainsi les personnes que j'ai rencontrées sous mon identité masculine et avec qui je suis devenu ami savent que je suis trans. En général, je leur ai dit au moment où j'ai senti que nos relations basculaient vers une dimension de proximité plus importante.
Qu'en est-il de votre côté ?


Et Shadow répond ça :
Je te rejoins dans tes interrogations Mystère concernant les nouvelles connaissances qui se transforment en amitié, sans t'avoir connu pré-transition.
Je pense par exemple à mes collègues. Je fais parti d'une équipe qui est maintenant ultra soudée, se sont devenus des potes. Ceux des débuts ont rapidement su, à mon insu, que j'étais trans (sans aucun problème au demeurant). Mais je suis incapable de dire si les arrivés plus tardifs sont au courant et parfois ça me gène.
Comme c'est une donnée que j'estime faisant partie intégrante de ce que je suis, je suis toujours embêté quand j’interagis avec quelqu'un et que cette personne ne sait pas que je suis trans. Et d'un autre côté, être perçu comme un mec lambda est également ultra agréable et satisfaisant.
Donc j'ai pas encore trouvé la solution à ce genre de situation :lol:


Je pense que c'est un sujet un peu différent, donc on peut peut être garder le topic ouvert par mystère pour vraiment parler du rapport en/post transition avec les amis de longue date, et ici la question du "coming out inversé" (je n'ai pas de meilleure idée pour parler de ça).

De mon côté, j'évoluais jusqu'à l'an dernier principalement avec des gens qui savaient que j'étais trans, soit parce qu'on se connaissait depuis longtemps, soit parce qu'on avait des activités LGBT ensembles. Et j'ai toujours eu le coming out relativement "facile" depuis que je suis lu au masculin.
(la seule exception notable étant le sport, et le fait d'avoir déja entendu des propos que j'ai ressentis comme homophobes dans des vestiaires, m'a un peu calmé à l'idée de faire des CO inversés à mes coéquipiers)

Cette année en revanche, j'évolue dans un univers où personne ne sait que je suis trans, sauf un gars à qui je parle de temps en temps. Mes collègues ne le savent pas, mes élèves non plus (ça c'est mieux) mon équipe de sport non plus... Ma coloc non plus, mes potes de cette année non plus...
Et je n'aime pas trop cette situation. Au début, j'étais en mode "il faut tater le terrain" et ne pas faire un CO à des gens hostiles (puisque j'ai le privilège d'avoir eu mon état civil et d'être lu au masculin, je ne veux pas me mettre mal à l'aise / en danger pour rien). Et pour autant, c'est vrai que c'est une part importante de mon identité.
J'ai eu deux occasions de faire des CO, où je ne l'ai pas fait, et où j'en viendrai presque à le "regretter" ou en tout cas cela me questionne.

Première situation, une amis nous parle d'un voyage à San Francisco, et à un moment, nous dit "On voyait beaucoup de personnes trans dans les rues". Donc j'ai juste dit "En fait t'en sais rien, mais si ça se trouve tu croises des personnes trans tout le temps mais tu ne peux pas t'en rendre compte" sans forcément dire "tu es en train de parler à un trans, là, en fait".
Deuxième situation, une des personnes de la conversation se met justement à parler des personnes trans (parce qu'on parlait de numéro de sécu...) et raconte "apparemment, il faut carrément faire un procès à l'état pour changer d'état civil". Et là, pareil, j'ai pas osé répondre en monde "oui je confirme, c'est long et coûteux, blabla".
-> A la réflexion, je pense qu'il y a 2-3 raisons pour lesquelles je n'ai pas franchi le pas :
-Dans une certaine mesure, ce que dit Shadow : le côté reposant d'être "perçu comme un mec lambda".
-Je pense que ça va avec, mais ne pas avoir envie de répondre à des questions potentiellement maladroites (ancien prénom ou parties génitales, vous voyez le tableau)
- Et enfin : à chaque fois, j'étais le seul mec, dans des groupes de 2-3 filles, et j'avais vraiment l'impression qu'en lachant cette info, j'allais devenir le centre de la conversation, et par conséquent monopoliser la conversation, pour parler de moi qui plus est, et du coup je n'étais pas forcément à l'aise avec ça.

Voilà, désolé pour ce pavé, mais ça m'intéresse de savoir comment vous gérez ces situations, ou alors les interrogations que cela peut susciter (pour vous ou pour les gens auprès de qui vous faites /ou pas/ un CO) :)
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Re: Coming out inversé - après la transition

Messagepar mystère » 11 Déc 2016 03:25

Alors... l'histoire du coming out inversé (je sais c'est moi qui l'ai amenée en plus)
Le problème ne se pose pas trop sous le même angle pour moi cette année du fait que les gens ne savent pas ce que je suis.
Je ne suis donc pas inclus dans le système "yo mon pote" (j'ai testé à des périodes où j'avais un look plus masculin et j'aime pas trop ça) mais plutôt dans la nébuleuse "bonjour être d'une autre planète" (niveau "je me sens moi-même" c'est déjà mieux)
Je teste mon point de confort dans les relations sociales (niveau "simples connaissances"), c'est une recherche de longue haleine pour moi, je ne suis pas encore rendu.

A la fac donc, je n'ai strictement rien dit de ma vie personnelle parce que flemme (et pas spécialement envie de créer des contacts approfondis) sauf à propos de mon âge (parce que merde, j'ai pas 18 ans, et oui, je suis en reprise d'études pas en sortie de lycée, ce qui crée déjà un décalage en soi). Je n'ai pas dit que j'étais trans / gay. Je bavarde avec quelques personnes, des cours, de manière sympathique par-ci par-là (à force, ça tourne sur une demi-douzaine de personnes sympas avec qui je suis sur tel ou tel cours, les mêmes têtes reviennent). Le plus souvent je ne suis pas genré dans les discussions. Certaines personnes me genrent au masculin. Il arrive qu'un accord féminin me concernant se présente sur les adjectifs, selon les personnes (un e collé ici ou là qui me laisse l'indication que la personne doit me percevoir plutôt au féminin). Comme c'est pas très flagrant, je ne relève pas en mode hérisson. Je continue à parler de moi même au masculin, tranquille, comme si j'avais pas entendu. A l'occasion des TDs, je m'amuse par-ci par-là à faire une lecture avec la voix grave bien posée, je sais que ça contribue à semer la confusion, sans la voix honnêtement je suis pas l'incarnation première de la virilité (même avec parfois quand elle remonte sous l'effet de l'enthousiasme XD)

L'autre jour, il s'est passé un truc assez drôle. J'étais dehors avec une étudiante d'une autre année avec qui je cause un peu de temps en temps. Arrive un étudiant de ma promo avec qui je cause un peu de temps en temps. Ils se connaissent pas, on discute un peu. Là dessus arrive un deuxième étudiant de ma promo. Blablabla. Le premier mec de ma promo dit au second (parlant de moi) : "je suis en TD avec elle". Bon, là, c'est pas juste un accord d'adjectif, c'est un pronom (3 mois de cours, ce gars ne m'avait jamais genré, j'étais persuadé qu'il me voyait comme un mec pour le coup XD). Donc je fais : "euh, t'sais que j'suis pas une fille ?" L'étudiante d'une autre année avec qui je cause de temps en temps : "Bah non, c'est pas une fille !" (et pour le coup, j'aurais juré qu'elle me percevait plutôt au féminin, encore raté XD) L'étudiant de ma promo : "Merde ! Tu sais que X (autre mec de ma promo pas présent à ce moment-là, avec qui j'ai jamais causé) me disait que t'étais un mec l'autre jour ! Et moi je lui disais que non !" (en pensée : ahaha ils en débattent carrément) / à haute voix : "Hé si", l'étudiante d'une autre année : "De loin j'ai cru aussi au début, j'avoue, parce que t'es pas grand et tout, mais en entendant ta voix j'ai compris direct que t'étais un gars". (Insérer ici bref débat sur le fait que je suis p'tit, et que j'ai des cheveux, ils sont ennuyés un peu et cherchent à justifier la méprise) Moi : "Non mais c'est pas grave hein ça m'arrive tout le temps. " Le mec de ma promo : "Désolé hein. T'es imberbe alors ! C'est rare à ton âge !" (oui j'assume que je suis un vieux ^^ lui aussi a la trentaine en plus pour le coup). Moi : "Hé ouais, ça pousse pas".
Il y a donc débat et dissensions pour déterminer c'est quoi mon genre. Et la réponse dépend vraiment des gens et de leur lecture personnelle de la situation, mais avec suffisamment de doute pour qu'ils s'adressent à moi en mode un peu hors système.

J'ai une autre anecdote de ce type, un mec de ma promo que je croise un matin dans le métro, la tête dans le cul, il me fait la bise, je suis tellement nase que je réagis en mode ah ben d'accord. J'en déduis qu'il me genre F. Le lendemain, il débarque avec son pote dans la cour, son pote me serre la main, très clairement en mode "salut mec !". Lui marque un temps d'arrêt en mode "merde !" et je vois passer dans ses yeux une hésitation wtf : "me serais-je planté ?". Il me fait : "bon bah j'te serre la main aussi alors". Je crois que j'ai répondu un truc du style : "ouais".
Sinon, il y a peu, j'ai commencé à rigoler avec une fille de ma promo pour qui ça a été le masculin direct, sans se poser de questions (pis elle a vanné en parlant de yaoï par rapport à un cours presque à la première réplique quand on s'est causés, donc à mon avis elle a dû se dire que j'étais gay, mais pareil, elle a pas demandé spécifiquement, donc j'ai rien dit spécifiquement) Comme quoi, le mode lecture aléatoire est vraiment aléatoire (et je suis nul pour repérer qui me lit comment, quel bazar XD).

Petit HS : aujourd'hui, un pote cis de longue date qui m'a bien intégré en mode "yo mon pote" est passé me voir et on a eu une discussion de bonhommes. Bah, je confirme que non, je me sens pas spécialement dans mon élément quand je suis intégré en tant qu'"assimilé mec cis" au sens où j'ai un point de vue "multiple" sur pas mal de questions relatives au vécu de genre, et finalement ça n'a trop rien à voir avec d'être out ou non puisque je le suis avec lui : il m'a connu pré-transition.

Tout ça finalement retranscrit quelque chose que je savais déjà : au-delà de la question cis / trans, c'est dans l'hypertype que je ne me reconnais pas. Tout en étant sûr de mon identité masculine (après 4 ans je suis enfin en train d'arriver à éliminer le flip permanent de la non légitimité et je me détends un peu, va-t-on dire) je me sens mieux étant perçu sous l'angle d'une incertitude, en pouvant correspondre à différentes interprétations (autrement dit si je m'entête dans mon "passing de merde" c'est que je me sens moi-même avec). Ca me laisse une plus grande liberté de laisser parler ma personnalité et je me prends nettement moins la tête (le je suis trop / pas assez / au secours dysphorie qui m'a empoisonné l'existence j'en ai marre). Etant donné que "ça' (la confusion ?) est quelque chose qui se voit chez moi, je n'éprouve pas le besoin de mettre en avant ma transidentité. Par contre, si on me posait clairement la question : tu es trans ? je répondrais oui.
Je mets un bémol sur le fait que je suis dans un environnement cool et safe pour vivre ça de cette manière. Je ne sais pas comment je pourrai le faire dans un autre environnement. Je suppose que le temps / l'expérience me le dira.

Il est possible que ce post soit complètement hors sujet, désolé Simon ^^

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Re: Coming out inversé - après la transition

Messagepar tantrum » 11 Déc 2016 09:23

Bonjour
De mon coté, a partir du moment ou j'aurai entamé une transition physique importante, je n'en parlerais plus
sauf si on me le demande. Et encore, avec le plus de naturel et pas non plus dans les grandes lignes, parce que j'estime que, sauf famille, a partir du moment ou l'on reussi a valider son changement, il n'est pas utile de se replonger dans le passer
Pour le travail, j'attend la prise d'hormone pour changer de métier, je travaille dans le secteur public, je ferais une mutation

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Re: Coming out inversé - après la transition

Messagepar Emrys » 11 Déc 2016 12:52

Perso pour mes études je suis dans un milieu où personne ne sait que je suis trans, à part quelques profs et l'administration bien sûr -mes papiers ne sont pas changés, mais j'ai pu avoir mon prénom masculin dès le début sur les listes, le mail etc. Tout le monde me perçoit comme un mec et assume donc que je suis cis.
Je me prends pas mal la tête avec cette question de "le dire ou pas", parce que ça met une barrière qui m'empêche de me rapprocher vraiment des gens. C'est super d'être perçu dans le bon genre, mais j'ai l'impression de devoir nier 25 ans de ma vie et c'est assez oppressant. Puis le fait de passer mon temps à me demander ce qui se passerait s'ils le découvraient m'ajoute pas mal de stress, des fois je me demande si c'est pas pire que de le dire.
Pour autant je ne le dis à personne parce que c'est pas du tout un environnement safe. L'homophobie et le sexisme sont très présents, et j'entends régulièrement des blagues transphobes. C'est un milieu très majoritairement masculin avec tout ce que ça entraîne. Même quand ils ne sont pas hostiles ils sont très ignorants et j'ai pas le courage d'essayer de les "éduquer."
Du coup je sais pas du tout comment gérer ça, mais je suis pas dans le meilleur milieu pour tester non plus.

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Re: Coming out inversé - après la transition

Messagepar Jeff » 11 Déc 2016 13:22

Question très intéressante et je me permets du coup de te donner un avis supplémentaire.

À l'heure actuelle, les gens qui ne me connaissent pas me genre sans hésitation au masculin et je dois dire que c'est quelque chose que j'apprécie beaucoup car, avant la T, je n'avais pas forcément un bon passing et là, en un peu plus de 4 mois de traitement, le doute n'existe plus pour mes interlocuteurs.

Le truc, c'est que je ne suis clairement pas une personne très sociale même si j'ai de la facilité à parler à tout le monde, donc je n'ai pas encore rencontrer de personne qui soit ou vont devenir " des proches " donc, la question d'expliquer ma transidentité n'existe pas encore. Surtout qu'à l'heure actuelle, j'étudie de manière autodidacte à la maison. Cela dit, si tout se passe bien et que je réussis les examens d'entrée, en Septembre prochain je rentrerais à l'université en médecine et du coup, je me suis d'ores et déjà posé la question du CO inversé.

J'en suis arrivé à la conclusion que si je deviens proche de quelqu'un, oui, je lui dirais probablement que je suis trans car si je parle de mon passé, je n'ai pas envie d'avoir à bidouiller des bouts de mon histoire afin que " cela sonne juste ". La même chose si, pour une raison ou une autre, j'ai envie de montrer des photos de moi avant la transition.

D'un autre sens, je sens que cela va me demander un gros effort de ne pas m'outer à tout le monde. Car même si en soit, je n'ai pas envie que tout le monde soit au courant, je suis une personne très spontanée qui a tendance à n'avoir pas de secret ( ou très peu ). Du coup, vu que je parle beaucoup et de manière très franche... Je ne sais pas ce que cela va donner. Je n'ai pas envie de m'outer car pas envie d'avoir mille questions et ruiner mon passing, pas envie d'avoir des jugements de la part des gens, mais en soit, c'est tellement quelque chose de normal pour moi que du coup, je ne vois pas pourquoi ne pas en parler...

C'est un peu comme mon homosexualité d'ailleurs, je ne fais pas attention à cela et j'ai tendance à le vivre de la même manière qu'avant quand j'étais perçu comme " hétéro ". Pour le moment je n'ai pas encore vécu de mauvaises expériences à cause de cela mais je vois bien que cela peut déranger certaine personne. Et dans ces moments je réalise que oui, je suis perçu comme gay donc, pas forcément tolérer par tout le monde ( malheureusement ).

Bref, j'espère que mon explication reste compréhensible.

En soit, je vais tout faire pour ne pas m'outer à tout le monde, mais pourrait le faire sans problème auprès des proches mais je ne garantis pas de ne pas m'outer.

On verra ce que cela donne ! ( En tout cas, l'université est super trans-friendly et ça, c'est un beau cadeau <3 )
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Re: Coming out inversé - après la transition

Messagepar No Wane » 12 Déc 2016 16:19

Ca dépend.
Je prend de la testo que depuis cette année, mais ça fait des années qu'on me genre au masculin, ayant un physique plutôt androgyne et une voix grave.
Le plus souvent, j'estime que ça me regarde et que je n'ai pas envie de m'étaler sur la question, mais ça dépend beaucoup de la situation.

A mon ancien boulot, y a une poignée d'années, tout le monde était au courant vu que j'avais fait mon coming out peu après mon arrivée (j'avais pas osé le dire à mon patron d'entrée de jeu, mais il a accepté sans souci après coup et fait changer mon prénom sur les plannings et tous les documents visibles par les autres employés par la suite). J'ai eu droit aux questions bizarre, qui ne m'ont jamais franchement dérangé (y a que le prénom qui m'embête, honnêtement, les questions diverses sur ma situation me laissent généralement indifférent). Par contre, je suis vite devenu conscient que pour certain, j'étais vu comme une bizarrerie, et j'ai même appris que certains clients étaient passés en demandant qui était le trans... Bref, j'ai eu l'impression d'être une bête de foire, et le sentiment que certaines personnes avaient eu la langue plus pendue que nécessaire à mon sujet, et j'ai assez mal digéré ça. J'ai fait le choix de ne plus en parler après coup, sauf si c'était nécessaire.
Il faut savoir que vers mes 17 ans, j'ai eu un copain qui était au courant, et que j'ai appris de lui qu'il esperait au fond que je finisse par changer d'avis. Ca m'a beaucoup refroidi sur la vision que les autres pouvaient avoir de moi : est-ce qu'on continuerait de me voir comme un homme si j'avouais être né femme ? Est-ce qu'on ne penserait pas qu'il s'agirait d'un genre de lubie passagère ? Ca m'a fait réfléchir, et ça a joué pour beaucoup dans le fait que j'en parle le moins possible autour de moi.

Ces dernières années, j'ai fait la connaissance de beaucoup de personnes avec qui je me suis lié d'amitié. Les seules qui ont pu apprendre de moi que j'étais trans directement, elles l'ont su parce que je me suis senti obligé de l'avouer par crainte que ça soit dévoilé à mon insu (notamment dans des situations où je devais accueillir des gens chez de la famille pour dépanner, ou d'autres où je risquais de devoir montrer des papiers d'identité et de me heurter a des questions bizarres devant eux). Tous l'ont bien pris et ont paru plutôt surpris de l'apprendre (j'en ai même une qui pensait que j'étais MtF quand je lui ai dit que j'étais trans... :'p).
Je le dis systématiquement aux personnes avec qui je flirte, parce que l'experience m'a démontré que les mecs transphobes existaient largement dans le milieu gay, et que je préfère éviter d'avoir à gérer une crise après coup. Et aussi parce que bon, même en dehors de ça, y a juste des gens pour qui les organes sexuels comptent, je vais pas leur jeter la pierre pour ça.
J'ai appris à être plus détendu avec ça niveau amis après ma prise d'hormones, aussi. Avant, je faisais tout pour qu'y ait personne à la maison quand j'avais des amis à inviter. Maintenant je m'en fous, s'ils apprennent à cause d'un prénom échappé... bah tant pis? Ils m'ont connu comme "il" depuis des années, je pense que s'ils ont des questions, ils n'ont qu'à me les poser.

Par contre, clairement, je ne suis pas du genre à me flag comme trans sur mes sites perso. Je ne vois pas l'intérêt de l'écrire en gros sur mon front, que ça soit sur internet ou dans la vie de tous les jours (la seule exception étant les sites de rencontre, vu leur nature).

Après, y a un truc pour lequel faire un coming out actuellement me met affreusement mal à l'aise.
C'est un sujet un peu délicat, parce que je pense que c'est une forme de discrimination internalisée, même si ça m'embête de mettre ce mot dessus.
Je suis métis. Tout au long de ma vie, l'écrasante majorité des personnes qui ont eu des comportements dégradants me concernant (agressions physiques et verbales, regards déplacés, rejet) étaient de la même origine que l'un de mes parents. Du coup, chat échaudé craint l'eau froide, tout ça, je suis devenu systématiquement mal à l'aise à l'idée d'en parler aux gens qui ont mes origines ou ceux dudit parent, parfois au point d'avoir peur qu'ils le découvrent parce que je suis certain que ça tournera mal. Je suis super parano à ce sujet, et je le vis très mal, mais à chaque fois que j'ai droit à une nouvelle saloperie, ça me vient de quelqu'un qui a mes origines, ça fout un coup de marteau en plus sur un clou déjà bien douloureux.
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Re: Coming out inversé - après la transition

Messagepar Shadow » 12 Déc 2016 23:49

Je commence un nouveau job d'ici quelques jours/semaines. Parmi ma nouvelle équipe, d'anciens collègues. Certains très proches, qui ne diront rien, d'autres de passage qui eux pourraient très facilement répandre la rumeur à tout l'établissement.
Là encore je ne compte pas l'annoncer à tout le monde (toujours l'hyper appréhension que mes patients le sachent et en psychiatrie, question faille, ça pue du cul pour ensuite réussir à bien bosser avec certains) mais je pense que la nouvelle fera (ou a peut être déjà fait) le tour des équipes.

Là encore, je suis partagé. Je ne sais toujours pas ce qui m'irait le mieux : que tout le monde le sache, me permettant ainsi de ne pas être constamment sur mes gardes quand je parle de moi. Ou que personne le sache, appréciant d'être pris pour un cis, sans cette peur de passer pour "le trans de service".

Je verrai bien comment les choses se dérouleront.

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Re: Coming out inversé - après la transition

Messagepar PauSG » 13 Déc 2016 18:31

Je trouve cette question vraiment intéressante (cc Simon ;) )

Au début de ma transition, après quelques semaines de testo, j'ai eu une période ou j'étais vraiment ravi d'être vu comme un mec cis. Je trouvais ça franchement reposant et agréable.

Au bout d'un moment j'ai réalisé que ne pas dire que j'étais trans me maintenait à une certaine distance des autres. Je n'étais vraiment confortable avec une nouvelle personne (peu importe du cadre) que si iel savait que j'étais trans. Je m'en suis surtout rendu compte après avoir changé de boulot. Tout le monde à mon ancien boulot le savait, et personne au nouveau (à part mon chef et la RH). J'ai réalisé que je n'arrivais pas du tout à créer une relation avec les gens (au délà du basique bonjour ça va) si je ne leur disait pas.

Maintenant du coup j'ai tendance à avoir la politique suivante:
- je ne cache rien (par exemple je lis ce forum au boulot pendant mes pauses, peu importe que des gens passent derrière moi)
- je réponds honnêtement à toutes les questions (si on me demande ce que j'ai fait le week-end dernier, et que j'étais à l'Existrans par exemple, je le dis, et la personne parfois pose des questions parfois non)

Il y a des gens avec qui je mets presque le sujet sur le tapis pour leur dire, mais je ne fais jamais de "CO" genre "Au fait, j'ai quelque chose à te dire", parce que je ne trouve pas que ce soit une révélation, c'est juste une info à propos de moi.

En fait, je en sais pas si le parallèle est foireux, mais je vis ça un peu comme ma religion, dans le sens ou c'est de l'ordre du privé, ça ne me définit pas, mais c'est une info à propos de moi que les gens qui me connaissent apprennent naturellement au bout d'un moment. Ce qui est un peu pénible c'est qu'il faut parfois un peu d'explication (alors que pour une religion les gens comprennent ce qu'on leur dit).

Après tant que je suis dans un cadre ou je suis en sécurité, ça m'arrive de le dire de façon un peu provoc pour voir les gens se noyer dans le propre cerveau, parce que c'est rigolo :mrgreen:
Le blog de mon parcours: http://transboiramble.blogspot.fr/

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Re: Coming out inversé - après la transition

Messagepar _Balduin » 13 Déc 2016 20:03

Je n'ai pas encore à faire de CO inversé mais j'applique la même méthode que toi PauSG au lycée pour les gens qui ne me sont pas proche car comme tu le dit ce n'est qu'une information parmis tant d'autre à mon propos et que j'ai remarqué que "la pilule passait mieux" comme ça ^^. Et jusqu'à présent pas de remarques déplacé/ LGBTphobe =)
Après évidemment c'est pas pareil avec des amis de longue date xD
On peut tous aller au bout du monde, il suffit de s'accrocher, fort à en avoir mal au jointure.

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Re: Coming out inversé - après la transition

Messagepar Simon » 13 Déc 2016 21:55

Merci à tous pour vos retours ! C'est cool d'avoir des points de vue différents.

Je me retrouve beaucoup dans ce que tu dis PauSG, j'ai moi même l'impression d'avoir une "frustration" quand je ne peux pas raconter librement qu'on m'a offert un CD de Lorie à mes 10 ans...
Effectivement, tu as raison de préciser, le terme coming out n'est peut être pas le plus adapté du coup, parce que je ne vois pas cela non plus comme une "révélation fracassante sur mon passé" mais juste une info, au même titre effectivement que des convictions religieuses ou même des goûts personnels, ça fait partie de qui je suis.
Mais du coup, la question peut devenir : Comment réussis tu à aborder la question d'une façon lamda ? Je veux dire, ce n'est pas non plus l'existrans tous les week ends :)
(En fait, j'ai l'impression que je vais finir par arriver à faire comme toi, mais que là tout de suite, j'ai encore quelques blocages...)

Mystère, j'ai trouvé ton ressenti très intéressant, même si c'est plus "comment s'en sortir sans CO" que "comment faire un CO".
(Je suis pas sûr que ce soit très clair)

Jeff, j'ai du mal à voir pourquoi ça serait un "problème" que tu dises à tes connaissances que tu es trans ? Je veux dire par là, si tu es plus à l'aise comme ça, il y a un problème ? A part, bien sûr, pour des questions de sécurité, puisque je ne sais pas dans quel milieu tu évolues...
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